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Mardi 1 février 2005

Pour tout comprendre de l'arrivée et compte tenu de l'importance de cet évènement j'ai appelé à la rescousse pour cet article Vincent Riou (extrait de son carnet de bord publié sur Ouest-France) et Jean-Yves Bernot (célèbre routeur qui tient chronique sur Libération). Comme d'hab leurs analyses sont agrémentées de quelques commentaires perso.

 

 

Les jeux sont faits

 

Vincent Riou "Côté régate, le décalage existe (ndlr, il était 180 milles plus au nord que Jean lors de la rédaction de ces lignes dimanche 30 janvier au soir). On a jeté la boule et on regarde tourner la roulette. La distance au but est trompeuse, elle sera significative quand nous aurons viré tous les trois et mis le cap sur Les Sables-d'Olonne".

 

Et oui Vincent est monté chercher du vent à une latitude plus Nord (quasi celle de Brest) que la position des Sables donc forcément à un moment il s'éloigne du but alors que les 2 de derrière, Jean Le Cam et Mike Golding, continuent de s'en rapprocher.

 

 

Il reste une décision à prendre

 

Vincent Riou "Je reste concentré sur la dernière grande décision à prendre : virer au bon moment. Et ça m'occupe à 100 %."

D'après le pointage de 16h sur le site officiel, il semble que Vincent est viré de bord dans l'après-midi du lundi 31 janvier.

Concernant cette décision du bon moment pour virer de bord c'est un grand classique connu de tout naviguant.

 

En croisière, vous êtes au près dans une mer hachée, en train d'essayer péniblement de doubler un cap et à bord ça donne : "bon quand est-ce qu'on vire ? Si on vire trop tôt et que finalement on ne passe pas : faudra tirer un contre-bord puis à nouveau revirer, ça va être sportif ! Si on vire trop tard on rallonge la route et au choix (selon l'heure et la saison) : on rate l'heure des douches ou le bar sera fermé et il faudra dire adieu à la bière fraîche en terrasse !"

 

En régate ce choix donnerai plutôt un truc du genre : "Bon cette putain de lay-line elle est où ? Si on passe au dessus on perd la régate, si on vire trop avant on risque d'être contraint à un virement de bord supplémentaire en plus dans l'embouteillage de l'arrivée à la bouée !"

 

Dans tous les cas il faut prendre cette décision en appréciant des tas de paramètres : le meilleur compromis cap/vitesse du bateau, les prévisions de vent (à plus ou moins long terme), éventuellement les courants qui peuvent augmenter sensiblement la dérive et bien sûr la concurrence ... la stratégie en bateau ce n'est pas un vain mot !!!

 

Ca y est les 3 ont virés mais pas sûr qu'ils arrivent tous les 3 à ne faire qu'un bord (prévision vent H+24h)

 

Puis ... de la vitesse pure

 

Vincent Riou « On va chercher à grappiller des dixièmes de noeuds, peaufiner des réglages. Il y a toujours à faire sur le bateau, beaucoup de boulot. Je n'ai pas envie qu'on soit bord à bord, mardi, pour la dernière ligne droite. »

Jean-Yves Bernot confirme : "Ce Vendée, superbe de stratégies subtiles se termine en course de pilotage."

 

Voilà un sprint final 'tout schuss' en ligne droite vers les Sables avec des gars HS, des bateaux certainement éprouvés et une date d’arrivée (ETA) qui malgré leur meilleure volonté ne cesse de reculer pour aujourd’hui être ‘affinée’ dans la nuit de mercredi à jeudi … à moins qu’il ne faille encore tirer un bord sur la fin du parcours, tout est encore possible …

 

 

Que font les 2 de derrière ?

 

Malgré de grandes déclarations ils ont l'air de faire quasiment la même trajectoire ne pouvant pas tellement profiter de la 'supériorité' de leurs bateaux plus récents en prenant une route différente avec des allures plus proches du vent. Pour en avoir le coeur net il faudrait pouvoir suivre l'avancée des concurrents sur le site officiel ... mais c'est peine perdue ... la cartographie ESRI a littéralement explosée sous la demande.

Mardi 1 février 2005

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

 

Charles Hedrich, parti hors course du Vendée Globe, se rapproche de l’Equateur,   bord à bord avec Joe Setten , et se prépare à éviter les zones de calme du Pot au Noir. Il profite des accalmies relatives pour réparer la casse. Il est attendu sur la terre ferme la deuxième quinzaine du mois de février. Denis Horeau, le directeur de course du Vendée Globe, l’a informé qu’ il ne l’accueillerait pas aux Sables d’Olonne. Le skipper d’Objectif 3 n’a pas encore pris sa décision.

 

Après les conditions de navigation difficiles rencontrées dans l’Océan Indien et dans le Pacifique, Charles Hedrich et Objectif 3 soufflent un peu depuis qu’ils ont franchi le Cap Horn. C’est l’occasion de réparer les diverses avaries qui se sont déclarées. Début janvier, les deux pilotes automatiques, le principal et celui de secours, avaient déclaré forfait juste avant le Cap Horn. Une réparation temporaire avait permis à Objectif 3 de poursuivre sa route à vitesse réduite et dans des conditions de navigation précaires. Mais lorsque la mer devenait très forte, Charles était contraint de barrer en permanence. Après le passage du Cap Horn,  le skipper a profité des accalmies pour réparer définitivement les pilotes. « Trois heures le nez dans l’électronique au détriment de la progression », dans la course au large il faut savoir trancher dans les priorités.

Et lorsque les instruments de mesures refusent définitivement de fonctionner, Charles navigue à l’ancienne ce qu’il, au bout du compte, apprécie. Mais ce type de panne  reste  « une épée de Damoclès, très usante pour les nerfs. Si l’on est en régate, la course est finie ».

 

« Des pointes à 65 nœuds »

Après le passage d’un  grain, Charles a constaté que l’étai de solent, au pied du mat, était démis. Le skipper d’Objectif 3 a dû se rapprocher de la côte, plus au calme, pour réparer. L’étai remis en place, il a fallu consolider l’ouvrage avec du carbone. La réaction chimique a été terrible : « Une épaisse fumée s’est formée et j’ai dû tout jeter par-dessus bord avant que cela ne dégénère ! » La liste des réparations est longue. Le génois, qui s’était décousu en deux endroits, est en lambeau et s’est enroulé autour du câble. Seule solution :  grimper en haut des 26 mètres du mât pour le couper. Un baptême incontournable pour les candidats au tour du monde. La première tentative s’est soldée par un échec et Charles a dû battre en retraite en raison d’un grain trop important. Il s’est ensuite parvenu à se hisser par l’étai du génois, a coupé les bouts flottants au vent et entouré les lambeaux avec du scotch américain.

Par ailleurs, La météo s’est avérée plus forte que prévu ces 15 derniers jours. « Le vent n’a jamais soufflé aussi fort, avec des pointes à 65 nœuds. Refermer la porte d’entrée est une vraie lutte tant les rafales de vent sont puissantes ». Enfin, les coupures Internet compliquent considérablement le téléchargement des fichiers météo, ce qui mobilise le skipper pendant plus de deux heures pour un seul fichier.

 

Pas d’accueil aux Sables d’Olonne ?

Charles a appris par un article paru dans Ouest France le 17 janvier que Denis Horeau, le directeur de course du Vendée Globe, écartait la possibilité de l’accueillir aux Sables d’Olonne. Cette information l’a réellement surpris dans sa solitude, lui qui aura -si tout va bien- réussi un tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale. Le 20 janvier au soir, Denis Horeau a finalement pris contact avec le skipper d’Objectif 3 pour lui confirmer ses propos. Charles Hedrich  n’a pas encore décidé quel sera son port d’arrivée.

 

Par ailleurs, Charles a été très touché par le décès de Silvio Méoni, intervenu au cours du Dakar 2004, et qu’il avait eu le plaisir de croiser dans l’édition 2003 ou dans les rallyes raids 2002. Et de lui rendre hommage :  « J’ai eu une pensée pour lui, pour ce sportif déterminé qui aimait tant l’aventure et qui l’a payée au prix fort ».

 

Le skipper d’Objectif 3 devrait achever son tour du monde avant la fin du mois de février, réalisant ainsi son deuxième objectif. En Janvier 2003, il avait bouclé le Dakar en 400cm3. Son dernier challenge, l’Everest, reste toujours d’actualité. Mais Charles prend goût à la mer et envisage ensuite un nouveau défi : battre le record du tour du monde en multicoques.

 

 

Contact : Patricia Hedrich. Tel. 06 80 01 63 27 / 04 50 93 04 21

Email. Objectif3.premieremondiale@wanadoo.fr

Lundi 31 janvier 2005

Plusieurs concurrents sont en train de traverser le Pot au Noir, cette zone perturbée entre les phénomènes météo des hémisphères Nord et Sud. Cet endroit est bien connu pour les grains violents qui s'y développent. Voici une description très réussie de ce qu'est un grain. Par Anne Liardet lorsqu'elle affrontait les mers du Sud.

 

"Il y a grain et grain : le modèle standard qui te fait la survente et le modèle "pompe à vent". Celui-là, cŽest un dur. Tu le vois venir dŽabord parce que le haut du nuage sŽeffiloche et ensuite parce quŽil est précédé dŽune quasi pétole : tout est relatif mais 15 noeuds de vent avec 2 ris, il faut avouer que tŽas lŽair con! Et le calme peut durer une demie heure, trois quarts dŽheure avant que ça ne te tombe dessus et alors en dix secondes tu passes de 15 à 38 noeuds. Maintenant, je ne prends même plus la peine de prendre le ris (prendre un ris, amure, écoute et tout au portant, cŽest une galèèèère!!! et de toute façon, le temps que tu aies fini la manoeuvre, le grain est passé) : je largue la drisse, 1 mètre ça suffit, jŽattends que ça passe et je remonte la voile... Et derrière le grain, je vous le donne en mille, plus de vent non plus... A ce tarif là, ma moyenne en prend un coup."

Lundi 31 janvier 2005

En complément à un article précédent, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager la définition de 'matosser' par un concurrent, Benoît Parnaudeau lui-même à bord de Max Havelaar.

 

Le 19 01 05 à 18h07 locale

POSITION : 56 05 S et 77 11 W

VITESSE : 12.7 noeuds dans le 104, vent 40 noeuds de NW, mer grosse

BAROMETRE : 990 en baisse

GV 3 ris + trinquette, ballast arrière

 

Matosser : du phrasé matos donc déplacer le matos. En fait, tu repartis les poids sur le bateau pour travailler son assiette et sa raideur. Par exemple, dans le petit temps tu mets tout au pied du mat histoire de centrer les poids et de diminuer la surface mouillée. En ce moment tu mets tout derrière et au vent pour ne pas enfourner et donner de la puissance.

 

Le Horn à 330 milles... Bon sens le Horn !

 

Bises, à + Ben

Lundi 31 janvier 2005

Vous l'avez peut-être remarqué : seuls les "retardataires" prennent le temps d'expliquer ce qu'ils vivent en mer à ceux restés à terre ! Les derniers ne sont pas avares d'infos et nous font partager avec bonheur leur aventure, n'hésitant pas parfois à faire un 'effort pédagogique' (lire à ce sujet les 2 articles de Nam ce jour, 'rédigés' par les skippers eux-mêmes, ils en sont des exemples parfaits). Partager des émotions, faire preuve de pédagogie, voilà 2 notions qui me sont chers, comme à eux et que je tente d'illustrer au quotidien à travers ce blog.

 

A l'opposé de ces aventuriers qui nous font vibrer avec leur quotidien, il y a les 3 premiers qui manient la langue de bois à la perfection et jouent l'intox en permanence. Les règles édictées par le comité de course font que ces 3 là (Golding, Le Cam, Riou) ont systématiquement les honneurs des vacations radio et ils s'y prêtent d'assez bonne grâce ma foi ... Mais que la somme de leurs propos sont fades, pauvres en regard des récits des derniers. Leurs vacations peuvent se résumer souvent en quelques mots : "Le bateau est nickel, il ne m'est rien arrivé. Côté météo blabla ... Elle est super cette régate !". Bref "autant ne rien dire" et pour connaître vraiment le fond de ma pensée sur les 3 en tête, lisez ci-dessous la Note 1 « pour aller plus loin ».

 

Ce Vendée Globe a cela de particulier que la course mélange 2 grandes catégories de skippers, 2 manières bien différentes de faire et de relater un tour du monde. Sauf que les médias, comme souvent, ne nous font vivre qu'une seule version des faits : celle de la « régate planétaire à couper le souffle », parfois en simplifiant à l'extrême le message, cf en cette période d’arrivée éminente l'extase des médias sur les écarts minimes entre les 3 premiers qui relance en permanence le match ! Pourtant ces écarts, calculés sur une route directe, ne veulent pas dire grand-chose. Si en bateau la route la plus courte était la plus rapide ça fait longtemps que la voile n’aurait plus aucun intérêt ! Autant demander au foot de supprimer la règle du hors jeu, au rugby d’annuler l’en-avant, au tennis de compter les points sous la forme 1+1 …

 

Bref j'ai hâte que les premiers arrivent ... pour qu'il y ai enfin un peu plus de place pour la parole des autres concurrents ...

 

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Note 1 «  pour aller plus loin »

Pour approfondir le sujet sur la non communication des 3 premiers. Voilà 3 portraits robots :

. Golding - le suiveur ne dit rien ou n’est pas traduit de son anglais natal : ça revient au même il ne nous apprend rien sur sa navigation

. Le Cam – le pro de la non com : entre pirouettes, silences, Le Cameries et coups de gueule … pas facile de trouver le moindre message.

. Riou – l’apprenti : ce n’est pas un terrible (contrairement à ce que dit Le Cam) c’est juste un régatier parfait, lisse qui joue le jeu de la course à fond et dans tous les domaines en ne disant rien ou presque. J’en veux pour preuve l’une des dernières vacations où il disait texto « je surveille l’usure du bateau, RAS pour l’instant … mais je ne serais pas surpris qu’à l’arrivée on découvre des choses que je n’ai pas vues …. » Ben ça si c’est pas un bon élève qui prépare le terrain de l’après match sans passer pour un menteur, je ne sais pas comment appeler ça !

 
 
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