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Mardi 1 mars 2005

Après le sujet assez 'léger' d'hier revenons aux choses sérieuses ...

 

Dans la plupart des sports de haut niveau, le dopage défraye régulièrement la chronique. En voile ... c'est le silence absolu, pas une seule histoire croustillante à se mettre sous la dent, ça semble être LE sujet tabou : même les journalistes sportifs n'abordent jamais cet aspect délicat de la course au large ... pourtant il doit y avoir de quoi faire !

 

Sébastien Josse boit du Champagne à l'arrivée ... et pendant la course ? (la réponse à la fin de cet article)

 

Vincent Riou (PRB) reconnaissait à l'arrivée "Il n'y a pas tellement de moments précis durs à encaisser. Ce qui est dur, c'est de tenir sur la durée. A la fin quand il fallait faire du cap, il fallait être surtoilé. Le dodo ? Niet."

 

C'est clair au cas où vous en doutiez l'organisme est soumis à très rude épreuve lors d'un Vendée Globe et les skippers tout au plus reconnaissent du bout des lèvres ... consommer quelques vitamines ... 2 exemples.

 

Karen Leibovici (Benefic) "Quelques rituels me permettent d'avoir un certain rythme et une régularité. Ces petits rendez-vous quotidiens sont : manger, dormir, nettoyer le bateau, prendre mes vitamines, me laver...". Et oui les vitamines au quotidien au beau milieu d'autres petits gestes simples de la vie de tous les jours à bord !

 

Ou encore lu dans l'article du lundi 24 janvier 2005 (Libération) par Dino DIMEO : "C'est gavé de vitamines et armé de patience que Golding tente de recoller à la tête de course."

 

Voilà si la dernière concurrente de la course ou encore Mike de la 'petite' école anglaise reconnaissent prendre quelques 'produits' pour tenir le coup, qu'en est-il des coureurs français qui baignent dans le "très grand professionnalisme" de la vallée de fous ? On peut se le demander. Eux qui étudient et perfectionnent depuis de longues années tous les compartiments du jeu : nutrition, gestion du sommeil, analyse météo, manoeuvres sur le pont, lutte contre le stress, architecture des bateaux ... pour leur plus grand bien. Ils ont bien du aussi faire quelques petites incursions du coté des pilules magiques, ils ont bien du en essayer quelques-unes parmi la panoplie qui reproduit fidèlement toutes les couleurs de l'arc en ciel, non ? Surtout que même s'il y a des contrôles à l'arrivée (personnellement je n'en ai jamais entendu parler) que voulez-vous qu'on détecte après plusieurs semaines de course !

 

En y prêtant bien attention certains coureurs de cette école ne s'en cache pas ils disent se doper régulièrement pour soutenir leurs efforts en mer ...

Sébastien Josse (VMI) grand gourmand devant l'éternel (il a abondamment parlé d'alimentation lors des vacations et en particulier de chocolat) "Je viens de lire « Les Secrets de Lance Amstrong ». A la page 118, ils (les auteurs américains NDLR) disent que l’on se dope sur le Vendée Globe. Cela me fait bien marrer… Moi, je sais que je n’ai plus de sucettes…"

 

Bref tous ces skippers reconnaissent marcher aux douceurs, qui au chocolat, qui aux sucettes, thé ou autres barres de céréales dans le cas de la Miss Ellen ;-) par exemple ... Mais n'y a t'il pas anguille sous roche ? Car rien que côté sommeil faut une sacrée forme pour tenir 90 jours avec 5 heures de dodo quotidien, dodo qui plus est découpé en tranches ...

 

Et là c'est un jeune père de famille qui trouve ses nuits de terrien bien trop courtes qui vous le dit ... pour le vivre quotidiennement depuis quelques semaines dans sa propre chair !

 

Lundi 28 février 2005

Aller pour vous donner le moral en ce début de semaine voici un petit article légèrement ‘décalé’.

 

Après avoir évoqué hier la difficulté que représente la manœuvre seul d’un engin de 18m pendant plus de 90 jours (sauf pour quelques bienheureux qui sont arrivés à faire un peu moins !), eh bien voici 2 photos qui prouvent que finalement leur tour du monde n’est pour eux rien d’autre qu’une petite sortie en dériveur dans la baie …

 

 

Conrad H. qui barre au trapèze le stick dans la main … pour doubler Joé S. en vue de l’arrivée … et ça l’a fait pour 18 petits miles de mieux !!!

 

 

Bon la seconde photo fait un peu moins rire mais elle reste quand même 100% dans la veine ‘dériveur’ qui reste une excellente école pour apprendre à naviguer car chaque erreur grave se solde immédiatement par un bain et là je ne sais pas si Jean-Pierre Dick a fait une erreur mais le bain n’est pas loin … d’ailleurs regardez sa tenue : il y est plutôt bien préparé !

 

 

 

Jean-Pierre Dick quelque part en mer dans une posture (peu enviable il faut bien le reconnaître) de l’équipier unique d’un dériveur type laser : l’écoute de grand-voile dans une main, la barre dans l’autre, la combi et le gilet bien serrés … ça mouille comme sur un vulgaire 420 sauf que là la luge elle fait quand même 18m et peut aligner des journées à plus de 300 miles faciles !

 

 

Aller pour finir la galerie photo, voici un vrai engin de plage mené par des vrais amateurs sur un plan d’eau intérieur.

 

 

Pour les curieux c’est moi au trapèze (qui est d’ailleurs super mal réglé car bien trop ‘court’, le couple de rappel est loin d’être optimum je suis bien trop haut au dessus de l’eau !)

Dimanche 27 février 2005

Le Vendée Globe n'est pas terminé : Karen ne devrait pas être de retour parmi nous avant mi-mars, elle-même le disait dans sa descente de l'Atlantique "Mon bateau va deux fois moins vite que les autres" !

 

Je me suis lancé un défi en démarrant ce blog : suivre les concurrents jusqu'au dernier. L'actualité de Vendée Globe étant un peu moins 'active' et l'arrivée de Karen n'étant pas pour tout de suite et bien c'est l'occasion de prendre un peu de temps pour revenir à l'essence même de cette épreuve. Aujourd'hui abordons par exemple un point que nous avons quand même souvent tendance à oublier pris que nous sommes dans la tourmente des évènements ... les skippers sont seuls sur leurs engins d'un peu plus de 18m ! Et alors me direz-vous ? Et bien ça change pas mal de chose quand même : dans la tête tout d'abord, mais aussi dans le corps et la technique ... enfin là plus qu’ailleurs tout est question d'équilibre !

 

Joé Seeten à l'arrivée, seul, sur son engin face aux éléments pendant 105 jours

 

 

La solitude vécue par les concurrents (ça se passe dans la tête)

Marc Thiercelin (Pro-Form) dans le Pacifique : « Je navigue depuis trois jours dans de la ouate. Je vois à peine l’avant et l’arrière de mon bateau. Je ne suis pas en veille radar. Je suis loin de toute zone de navigation actuellement ».

 

Voilà la solitude c'est ça : personne à bord, personne en vue, se retrouver prisonnier d'un horizon pas très lointain, vivre pendant 3 mois un monde qui se 'rétrécit' à sa simple personne, à ses propres perceptions ...

On comprend mieux pourquoi les concurrents à l'image de Vincent Riou à son arrivée rapportent que les communications avec la terre et leurs proches en particulier et bien c'est bon pour le moral ! Vous saviez tous qu'une grande partie de la course se jouait dans la tête mais lorsqu'on dit cela on pense souvent, voire exclusivement, à l'immense partie d'échec planétaire (selon le classement avec les autres concurrents et/ou avec les phénomènes météo) ... plus rarement à ce face à face avec soi-même qui est le quotidien des skippers pendant 3 mois.

 

 

Le solo ... c'est aussi des efforts physiques (ça se passe dans le corps)

Dominique Wavre ("Temenos") dans les premiers jours de course "Vous pouvez rappeler SVP, je suis en pleine manoeuvre. (...) Je viens de renvoyer un ris. Cela a été un peu plus sportif que prévu, avec le pilote qui a décroché. Sinon, je commence à prendre du plaisir à faire des efforts physiques. Cela veut dire que le corps prend le dessus. Je mettais 5 à 6 minutes avant pour renvoyer un ris dans la grand-voile, maintenant je ne mets plus que 3 à 4 minutes, c'est bon signe !"

 

Et oui la voile en compétition est aussi un sport dans sa dimension physique et quand on est seul on l'expérimente très très vite ...

Autre exemple de cette engagement physique nécessaire en solo autour du monde : les skippers embarquent des spis de 400 m2 qui seront manoeuvrés par un homme seul. Pour avoir un point de comparaison sur un voilier de croisière de 10m j'utilise un spi de 90m et souvent on n’est pas trop de plusieurs pour l’affaler !

 

Grâce aux emmagasineurs, c'est 'plus facile' de manoeuvrer en solo les gigantesques voiles d'avant. Ici Jean Le Cam à fond sur Bonduelle au portant ... Quelle démesure ! Il y a de quoi se faire quelques cheveux blancs quand il faudra rentrer toute cette toile !

 

La parade dans ce domaine ce n'est pas le coup de téléphone comme pour la solitude dans la tête mais c'est la technique : par exemple les spis sont rentrés très rapidement, car dès 15 nœuds de vent, l’affalage devient difficile pour un homme seul. Ensuite les gennakers sur emmagasineurs prennent le relais. Ou encore on a vu fleurir récemment des colonnes de moulin à café dans tous les cockpits à l’image de Bonduelle.

 

Moulins à café de Jean Le Cam (Bonduelle)

 

 

En résumé : le solo c'est la tête et les bras (tout est une question d'équilibre)

 

Et oui l'homme, cet étonnant animal, s'adapte à tout : compte tenu de sa limite 'physique' et bien il compose avec les éléments.

 

Parfois ça respire la maîtrise : Vincent Riou "Je suis au près, mais c’est moins fort qu’hier. Là j’ai 20 nœuds, avec 1 ris et la trinquette. J’ai beaucoup changé entre la trinquette et le solent. A chaque fois, c’est au moins un mille de perdu puisque je me mets plein vent arrière pour rouler et dérouler les voiles".

 

Parfois c'est un peu plus compliqué et l'homme se retrouve devant des choix cornéliens, des équations à trop d'inconnues et ça donne : Benoit Parnaudeau "Mon petit gennaker m’a servi trois heures. Il est maintenant matossé sur le pont ! J’ai eu des passages de grains avec pas mal de changements de voiles. Tu mets de la toile pour gagner 1 nœud sur 4 heures mais le temps de faire toutes les manœuvres, en fait tu n’as rien gagné au final car ensuite il faut réduire !".

 

 

Voilà c'est tout un art de naviguer en solitaire en course au large, un art bien loin de la navigation en équipage et en croisière.

 

Samedi 26 février 2005

Je me faisais la réflexion que depuis l'arrivée des 3 premiers les médias avaient franchement délaissé le Vendée Globe.

Lorsque les journalistes se fendent d'un papier sur le Vendée Globe c'est surtout pour parler de la prochaine édition (abordant au hasard : le nouveau projet de Vincent Riou, la vente du bateau double vainqueur (PRB) ou encore la future participation du vainqueur 2000 j'ai nommé Michel Desjoyaux ou le possible retour d'Ellen) ... comme si le Vendée Globe était purement et simplement fini alors qu'il reste des concurrents en course !

 

L'info se fait plus rare c'est un fait, les autres évènements nautiques sont au RDV (Orange ou L'Oryx Quest) mais quand même, ces journalistes qui nous rabattent les oreilles de leur "l'accueil des Sables est extraordinaire pour tous les concurrents du Vendée Globe" et bien eux ne font pas cet effort et ils ne sont pas les seuls !

 

Les skippers eux-mêmes font des déclarations de bonne intention comme Vincent Riou ou Joé Seeten qui disait lors de sa dernière nuit en mer "j’apprécie chaque instant, en repensant aux bons et aux mauvais moments de cette belle épreuve. C’est un grand bonheur et il faut continuer de suivre cette course pour tous les marins encore en mer". Malheureusement souvent cela reste des paroles en l'air car les obligations créées par les médias ou les sponsors viennent les contredire. Et les faits eux ne mentent pas : peu de skippers sont là pour accueillir les derniers. 

 

Heureusement je ne suis pas seul à lutter contre cette "pensée unique des vainqueurs". D'autres internautes rendent compte à leur manière des arrivées. J'ai déjà parlé de Ryme, et bien voici des photos persos prises par d'autres passionnés des dernières arrivées :

 

- http://www.seaandsail.net/ par Matthieu Dumont

- ou http://vg2004.phpnet.org/album/index.php?cat=6 par Atlantide_pika

 

C'est vrai que ça respire l'amateurisme (ne serait-ce que pour dénicher l'adresse des sites Internet, j'en ai bavé croyez-moi !) mais qu'est-ce que c'est bon ...

Vendredi 25 février 2005

Une info pour les ‘supporters’ de Charles Hedrich arrivé dans la nuit de Lundi à Mardi à Lorient après son tour du monde en marge du Vendée Globe :

Dimanche 27 février à partir de 18h le village de St Nicolas de Véroce (74) fête Charles Hedrich.

 

 

Vous êtes les bienvenus pour entourer Charles lors de son retour ‘à la montagne’ prélude à la réalisation de son 3ième objectif : l’ascension de l’Everest !

 
 
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