Un tour pas comme les autres ... le Vendée Globe de Jean-Pierre Dick 1/2

Publié le par Nam

Jean-Pierre Dick, dont le bateau (Virbac) - 1er 60 pieds Open dessiné par le cabinet de Bruce Farr - m'avait impressionné lors d'une visite à Lorient, a réalisé un tour du monde hors du commun. C'est un peu notre Yves Parlier de cette édition : envers et contre tous les pépins 'mécaniques' (je n'aime pas tellement cette expression mais les skippers l'utilisent eux-mêmes) Jean-Pierre Dick a tracé son sillage autour du monde, il en a épaté plus d'un par sa persévérance face à l'adversité et surtout a gagné une vraie dimension de coureur au large, lui qui était plutôt connu jusqu'alors pour ces résultats dans des régates en 3 bouées (exemple Tour de France à la Voile), et il le reconnaît volontiers : "J'ai beaucoup appris sur la mer et sur mon nouveau métier de coureur au large".

 

Voilà une petite rétrospective Nam sur le tour de Jean-Pierre Dick (Virbac): des faits, ses paroles et quelques commentaires j'espère instructifs. Par ailleurs je vous rappelle que 7 marins sont toujours en course.

 

 

L'arrivée de Jean-Pierre Dick en photos

 

J'ai lu sur le site officiel "Rafales de vent à 40 noeuds, averses de grêles, mer agitée avec des creux de quatre mètres. L'arrivée de Jean-Pierre Dick, le 6e skipper du Vendée Globe, a été musclée", en image ça donne ...

 

 

Mais ces conditions sont une douce rigolade comparées à la très très grosse dépression que Nick Molloney et Jean-Pierre Dick ont connu dans le Sud (heureusement que Nick n'a pas perdu sa quille à ce moment là !). J'ai beaucoup aimé à l'arrivée les propos de Dominique Wavre (Téménos) qui témoigne qu'en mer à partir de 40-45 noeuds il débranche le mode régate et enclenche un mode plus proche de la survie ... moi en mer j'ai jamais rencontré plus de 40 noeuds établi avec rafales à 45 et je ne faisais pas le fier du tout ... eux aussi ont bien une limite.

 

Photo de Frédéric Laguet

 

Par ailleurs en remontant le chenal des Sables Virbac a talonné (c’est-à-dire touché le fond avec sa quille, je vous rappelle que les 60 pieds sont limités à 4m50 de tirant d'eau tout de même !). Les organisateurs en suivant le même principe de 'limiter les risques' qui les a conduit à imposer des portes dans le Sud devraient interdire aux concurrents la remontée du chenal perché sur le bout dehors, car passer dans le cas de Dick de 9 noeuds à 0 en cas de talonnage ça vous propulse un marin par dessus bord vite fait (j'ai déjà testé pour vous !) et ça ferait mauvais genre pour une arrivée, non ? ...

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Petite liste d'avaries :

 

- panne du moteur principal quelques jours après le départ puis de la génératrice de secours, privant définitivement Jean-Pierre d'énergie 'fossile' au moment même où il entrait dans l'Océan Indien pénétrant pour la 1ière fois de sa vie dans le « pays de l’ombre ». Jean-Pierre ne pouvait plus compter que sur ses seuls panneaux solaires pour produire l’énergie du bord ... il sera contraint de finir son tour en passant plusieurs heures par jour à la barre (y compris dans le froid du Sud) ou encore de limiter ses analyses météo sur le PC du bord relié à Internet.

- vit de mulet cassé par deux fois. Heureusement il avait calculé juste en pièce de rechange !

- liaison safran-pilote automatique sur le bord de la rupture. Stratification exécutée dans les 'humides' mers du Sud !

- bris de la bôme ... le clou du spectacle nous en reparlerons.

 

 

En marge de l'avarie de moteur de Jean-Pierre ... l'avenir c'est  l'énergie solaire ?

 

- A noter que Jean-Pierre Dick s'est refusé à jeter à la mer son gas-oil dont il n'avait bien sur plus besoin... Il est revenu aux Sables avec le plein !

 

- Sébastien Josse (VMI), à qui il est arrivé un peu plus tard la même mésaventure de moteur, et Jean-Pierre Dick ont prouvés qu'il n'est peut-être pas utopique d'ajouter dans le règlement une limite très stricte en terme de quantité de gas-oil embarquée par les concurrents. Un peu à l'image de la diminution de la consommation imposée dans le monde de la Formule 1 il y a quelques années... En attendant de pouvoir faire un vrai tour du monde à la voile '100% propre', ce serait un beau symbole non ?

 

D'ailleurs Jean-Pierre Dick le dit lui-même : « Je suis très fier d’avoir tenu deux mois sans allumer le moteur, en n’utilisant que l’énergie de mes panneaux solaires. J’en avais 12, j’en ai perdu 3. C’est vraiment l’énergie du futur ! Peut-être un jour nos bateaux courront-ils le Vendée Globe en utilisant exclusivement l’énergie solaire… »

 

 

Retour sur l'avarie de bôme de Jean-Pierre

 

Chronologie des faits :

7 janvier 2005 : au tour de la bôme de céder. Virbac ne navigue plus que sous voile d'avant.

12 janvier : premier Cap Horn.

18 janvier : Virbac retrouve sa grand-voile

 

 

Virbac, sans grand-voile, franchissant le Cap Horn.

Jacques Vapillon/Saem Vendée/DPPI

 

10 jours sous voiles d'avant seules dans le sud, un sacré exploit ! (1er commentaire)

Chapeau à Jean-Pierre pour plusieurs raisons

1. sans grand-voile le bateau n'est pas 'équilibré'

2. le pilote dont le gain est réglé au minimum pour économiser l'énergie (le gain c'est en quelque sorte la 'réactivité' du pilote à compenser rapidement un écart de route) corrige moins bien le cap

=> conséquence de ces 2 points : la trajectoire de Virbac est loin d'être idéale au milieu des grosses vagues qui sévissent dans le coin !

3. pour ce 3ième point je m'appui sur l'expertise d'Alain Gautier (Monsieur Sécurité de ce Vendée Globe qui heureusement n'a pas eu à intervenir) et qui dit en substance (LIEN) "dans le sud une vitesse non adaptée c'est un bateau en danger". Alors avec seulement les voiles d'avant ça diminue les capacités du skippers à adapter sa vitesse au temps rencontré ...

 

D'ailleurs Jean-Pierre l'a très bien dit :

- lors d'une vacation dans le Sud : "J'avance à 55 % des capacités de vitesse de mon bateau. Ce n'est pas si mal sans grand-voile !"

- ou à l'arrivée "Ma panne de moteur et de génératrice a aussi été la cause d'autres avaries. Car pour économiser de l'énergie, j'étais obligé de faire marcher mes pilotes automatiques sous mode réduit, ce qui a parfois conduit le bateau à des embardées."

 

La suite demain avec : un 2d commentaire sur la casse et sur la réparation de bôme, quelques mots sur le passage du Horn et enfin des extraits des propos d'arrivée de Jean-Pierre ... à demain ...

 

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. Révision 1.0 du 17/02/2005 : ajout du lien vers le forum Gens De Mer pour suivre la discussion "et le risque ?" à l'adresse http://gensdemer.free.fr/forum/viewtopic.php?p=5776#5776

Publié dans Vendée Globe 2004

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Nam 17/02/2005 18:33

Merci Sylvain (?) ... en tout cas voilà comment se coller la pression tout seul ! Va falloir que je sois fort pour la 2de partie !!!

Slyv 17/02/2005 14:20

Vivement demain pour la suite :)
C'est sympa des articles comme ça avec les photos. C'est bien agréable à lire!