Benoit Parnaudeau ... l'esprit du Vendée Globe

Publié le par Nam

Vous vous souvenez de Benoît Parnaudeau à bord de Max Havelaar ? Un gars exemplaire dans ce Vendée Globe, parti sans aucune ambition au classement, juste l'envie de faire un beau tour en mer sous la bannière du commerce équitable et il l'a fait ... j'en ai déjà un peu parlé ... aujourd'hui c'est la suite de ces articles (ici le premier pour son arrivée et ici le second datant d'hier).

 

Benoit incarne mieux que personne l'esprit du (premier ?) Vendée Globe

Alors que les 2 derniers concurrents s'apprêtent à franchir la ligne, je me demandais qui mieux que Benoit incarne dans ce Vendée Globe la passion que j'ai, et peut-être vous aussi, pour la mer ?

Le mot n'est pas trop fort : Benoit Parnaudeau a incarné pour moi tout au long de ce Vendée Globe toutes les dimensions qui font la richesse de la vie en mer, et cela en nous rapportant fidèlement tous les jours ses moments de joie comme ses pires moments de doute, de peur, de souffrance. Il serait trop long de faire une explication de texte, surtout que l'animal a été prolixe, autant voire plus que moi ;-). Rien qu'avec ses messages envoyés quotidiennement au comité de course il y a de quoi faire une thèse entière (j'invite d'ailleurs les étudiant à se lancer, ce serait à n'en pas douter passionnant !). Voici quelques illustrations pour donner corps à cette 'incarnation'.

 

J’aime bien cette photo de Benoit à l’arrivée : après un tour du monde en solo … le dur retour à la réalité du XXIième siècle s’illustre par les horribles cages à poules (l’animal aux grandes oreilles est interdit de cité chez les marins) bien visibles en arrière plan. Avec Benoit qui porte un message un peu écolo sur les bords, le contraste est saisissant. D’un côté son exploit et l’esprit dans lequel il l’a fait et de l’autre cet amer remarquable de la civilisation moderne.

 

 

Le plaisir simple d'être en mer

 

Je ne résiste pas à la tentation de vous citer in extenso un message de Benoit, un pur bonheur ... "Je me rends compte que le bateau est costaud. Ça donne confiance. Je lui parle, je l’encourage. Il y a un perpétuel dialogue entre nous. Quand il souffre, il craque, ou produit des bruits anormaux. Je suis toujours à l’affût du moindre son que je ne connais pas. Et quand il est content, l’eau qui glisse sous sa coque le fait ronronner."

Voilà le plaisir de naviguer à l'état brut : tous les sens se mettent en éveil. Benoit parle ici de l'ouie mais pour qui l'a vécu il est facile de décliner ces émotions procurées par la vie en mer pour d'autres sens comme la vue ou encore le goût ou l'odorat qui en mer accèdent à une autre dimension celle de l'hypersensibilité, faute de stimuli ...

 

 

 

Partir autour du monde c'est aussi partir à sa propre découverte, faire une expérience initiatique : apprendre à se connaître soi-même

 

Ses propres limites ... physiques lors de la navigation dans le sud

Benoît Parnaudeau (Max Havelaar) : « Hier, c’était un temps à grain, avec 60 nœuds et des pentes pas possible où le bateau enfournait quelque fois jusqu’au mât. J’étais sous 4 ris et la trinquette. Ce qu’il faudrait, c’est d’affaler la grand-voile avant les passages de grain. Mais ce n’est pas possible, c’est trop dur à renvoyer après … ». Face aux éléments naturels, à leur force titanesque, l'homme est tout petit, son arme : trouver l'équilibre ... une sacrée école de vie !

 

Ses propres limites ... mentales en lutant contre sa peur au milieu des champs d'icebergs

Benoît Parnaudeau (Max-Havelaar) à l'entrée du Pacifique Sud "Je me suis retrouvé dans la pétole (zone sans vent). Pour continuer de progresser, j’ai été obligé de me bagarrer pendant plusieurs jours contre ma conscience et les éléments pour accrocher un flux de sud-ouest, qui m’a emmené au sud dans les cinquantièmes (là où les concurrents précédents ont signalés des icebergs, ndlr). J’étais devant un choix : j’y vais, j’y vais pas ? Cela a été un combat pour faire avancer le bateau dans des endroits où je ne voulais pas aller. Un combat contre mes peurs" (in les chroniques de l'Huma 8 janvier 2005) ou encore dans l'un de ses célèbres mails quotidien à l'organisation "Je suis relativement sud (Note 1) et j'arrive dans l'endroit des glaces ... mais je n'avais pas trop le choix. Je sors toutes les vingt minutes pour faire un tour d'horizon. Ce serait de belles conditions pour faire de la voile mais je flippe... Je n'arrive pas à me dé-stresser". Et oui l'homme est un animal pensant et souvent beaucoup de choses se passent dans sa tête !

 

 

Ne pas croire que Benoit était sur le Vendée Globe juste pour l'aventure ... il est aussi un compétiteur dans l'âme

 

Benoît Parnaudeau (Max-Havelaar) « J'ai eu une frayeur dans le Sud. Le bateau s'est couché. Il a tenu. Ça m'a donné confiance pour aller plus au sud encore. Du coup, ma route était plus courte, avec plus de vent. J'ai rattrapé Anne et j'ai couru avec Bruce ». Et Benoit ajoute à son arrivée "après les glaces étaient vraiment très nombreuses et cela m’a calmé". Voilà ce délicat mélange aventure/régate qui faisait tout l'intérêt et l'esprit des premiers Vendée Globe était bien présent dans cette édition 2004 dans la course de Benoit. Et quand il était trop éloigné des autres concurrents pour régater avec eux, Benoit régatait contre des chimères : aller aussi vite que Titouan Lamazou vainqueur du premier Vendée Globe ou encore battre le temps du basque Didier Muntduteguy sur le même bateau dans l'édition précédente, Benoit en était d’ailleurs le préparateur. Le Vendée Globe est bien une course ... même pour les 'retardataires'.

 

 

Benoit c'est aussi ...

 

Un amoureux transit à qui sa douce, laissée sur le quai pendant 4 mois, a beaucoup manqué

Tout au long de son tour du monde Benoit n'a eu de cesse d'avoir des pensées pour Anne-Maï, allant même jusqu'à dire sur la fin lorsque la solitude se faisait pesante, qu'il avait envie de revoir du monde et de pouvoir à nouveau dire "je t'aime".

 

Benoit et Anne-Maï se retrouvent à l’arrivée

 

 

Une méthode infaillible pour arrêter de fumer

Benoît Parnaudeau (Max Havelaar) : « Aujourd'hui (jeudi) est un grand jour. Eh oui, j'arrête de fumer : il reste une clope a bord, qui la veut ? Depuis le temps que j'en rêvais, halte à l'esclavagisme de la cigarette. Si y en a que ça intéresse, on peut arrêter ensemble. Bon courage ! ». A l'arrivée Benoit déchante un peu "Arrêter de fumer en course n’était pas une très bonne idée; la cigarette permet en mer de réfléchir à deux fois avant de faire une bêtise". Mais au final lors de la conférence de presse Benoît confirme que pour lui c'est fini le tabac « Une bonne clope m'aurait bien aidé à faire passer le stress. Je n'ai plus fumé depuis le cap Horn (ndlr, en fait il semble que des gens bien intentionnés aient caché des clopes un peu partout et que Benoit ai pu fumer encore longtemps après 'sa' dernière clope). Mais je suis content, sinon je me serais pourri les poumons comme un âne ! ». Vous voulez arrêter de fumer ? Suivez l'exemple de Benoit ... faites le Vendée Globe !

 

Le projet Quai 17

Benoît est le gérant de Quai 17 Challenges, une coopérative installée à La Rochelle. Il y construit avec des jeunes en difficultés un prototype de 6,50m, bateau de course de la classe mini, type de bateau sur lequel Benoit a participé à la Mini-Transat (renommée récemment en Transat 6,50), comme d'ailleurs beaucoup d'autres concurrent des Vendée Globe (c'est le cas par exemple de Karen L. encore en mer). À terme, Benoit espère créer un centre de préparation pour la course au large.

 

 

 

 

Enfin pour les courageux qui auraient atteint la fin de cet article sachez qu'il y a quelque chose qui me rapproche de Benoit : il lui manque un oeil, comme à moi. Cela ne change pas grand chose dans la vie de tous les jours, le seul handicap léger c'est que sans vision binoculaire (avec les 2 yeux) et bien on ne voit pas en relief et sur un bateau le relief c'est utile par exemple pour bien régler les voiles ... voir où se situe son creux, devinez les mouvements de penons. Pour vous faire une idée de ce très léger handicap : essayez de fermer un oeil et faites quelques gestes simples comme par exemple remettre un capuchon sur un stylo ... Vous allez vous rendre compte que vos gestes deviennent gauches ... il vous manque une dimension : la profondeur reconstituée par le cerveau à partir des infos en provenance des 2 yeux décalés de quelques centimètres.

 

 

 

 

Note 1 : Benoît Parnaudeau (Max Havelaar) a dû se décider à mettre du nord dans sa route pour passer la première porte placée par l'organisation dans le Pacifique. Benoît le rochelais a même été relevé à seulement 28 milles de la position la plus sud de Jean Le Cam dans ce Vendée Globe 2004 (et dieu sait que Jean a sacrément coupé le fromage pour engranger des miles d'avance qui ont fondus comme neige au soleil dans un trou de vent juste après avoir franchit le Cap Horn !).

 

 

___
. Révision 1.0 du 11/03/2005 : cet article aurait dû paraître 'automatiquement' en ce lundi 7 mars à la suite des autres articles sur Benoit mais la technique en a décidé autrement donc je le publie à la date de ce jour et comble le 'trou' de lundi avec un tout petit article.

Publié dans Vendée Globe 2004

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article