La flotte dans l'Océan Indien

Publié le par Nam

Au sommaire de ce numéro : la solitude, le sud, des avaries, surfs, le sommeil, bonheurs fugaces d'être en mer ... bref comme à l'accoutumé ce qui fait le quotidien de ces hommes et femmes pas comme les autres qui sont partis autour du monde à la voile sans escale et en solo. D'ailleurs vous apprendrez qu'à la suite des fondus du Vendée Globe d'autres navigateurs s'élancent autour du monde.

Bonne lecture à tous,

 

Solitude (extraits de vacations)

- Nick Moloney (Skandia) : "Parfois j'aimerais avoir quelques personnes avec moi pour m'aider aux manœuvres... " ou encore « Hier, j'avais envie de rire un peu, j'aurais bien voulu avoir quelqu'un avec qui partager des blagues ».

- Jean Le Cam (Bonduelle) : « Hier, j'en ai eu marre de me traîner. Allez hop, je hisse le pépin après avoir empanné. 17, 18, 19 nœuds, tout va bien et puis 21, 22, 23... Et là, on fait comment pour affaler les 350 m² de spi tout seul sans lâcher la barre ? ... »

- Jean-Pierre Dick (Virbac) : "Tu bavardes à la vacation et puis lorsque tu raccroches, tu te retrouves seul et là t'as plus personne à qui parler !"

Ben ouais dur dur le métier de marin solitaire surtout que là ils rentrent pour longtemps dans l'univers MINERAL du sud : le seul être vivant que les concurrents vont rencontrer c'est le fameux Albatros, seul signe de vie dans ce désert liquide qui, un peu à la manière des dauphins dans des eaux plus clémentes, escortent les voiliers pendant de longs jours et s'amusent des courants d'air créés par les voiles. L'Albatros l'âme du grand sud ... Nous en reparlerons car les concurrents et les albatros vont bientôt se rencontrer !

 

Le sud ... c'est aussi

Il neige

Jean Le Cam (Bonduelle) "J’ai eu de la neige avec de la grêle. J’étais au près et la neige faisait des paquets dans la grand-voile. J’entendais des gros bruits sur le pont et je me demandais d’où cela venait… En fait, au près, il y a des amas de neige qui se font dans la grand-voile et quand ils tombent sur le pont, cela fait un bruit sourd…" (ndlr : je vous rappelle que dans le sud l'été bat sont plein ... brrrr).

Les Albatros sont au RDV

Une bande d’albatros, 25 à ses dires, accompagne depuis hier Alex Thomson. Alex raconte très amusé cette rencontre, « Un albatros semble m’avoir adopté. Je lui ai donné un peu de « porridge » et l’ai baptisé « George ». Ses copains me suivent. C’est impressionnant. On dirait un peu une bande de vautours… »

 

Premières avaries sérieuses (photos à l’appui)

Ils sont toujours 20 en course comme au départ alors que la tête de la flotte vient de franchir le tiers de la course mais L’Atlantique Sud et l’entrée dans l’Océan Indien commencent à prélever leur tribu en avaries, pépins et autres soucis techniques.

- Marc et son bout dehors (rappel le bout dehors de Marc a été victime d'un "croche pied" dans le fond d'une vague en fin de surf, voir le Canard du Vendée édition précédente sur http://nam.over-blog.com/article-35171.html)

- Norbert Sedlacek (Brother) : une de ses voiles d’avant a complètement explosé sur toute la largeur, dans 30 à 40 nœuds de vent.

- Alex Thomson (Hugo Boss) a brisé son vit de mulet :

avant (vu du pont au port)

et après (vu de la cabine au milieu des 40ièmes)

- Sébastien Josse (VMI). Une vague a fissuré le dôme de son antenne de Standard F. Antenne désormais installée à l'arrière de tous les monocoques Open. L’antenne, sans étanchéité, a rendu l’âme le privant des transmissions à haut débit qu’autorise cet appareil de communications satellitaires. C'est handicapant en terme de navigation. Désormais dans l’incapacité de « surfer » sur les sites Internet de météo, il est privé, par exemple, des cartes de prévisions isobariques à grande échelle." (exemple de dôme et de vague à bord de UUDS d’Hervé Laurent). Alors à quand un abandon pour cause de bug Windows ? Histoire de retourner à terre rebooter le PC car comme tout le monde le sait c’est la solution à tous les mots informatiques : merci Bill Gates.

 

De la difficulté de dormir dans le sud

- Hervé Laurent (UUDS) "Là, on appelle ça de la baston. La mer est grosse, 8 mètres de creux environ. JŽai fait des pointes à 28 nœuds avec en général, au bout du surf, un vrac au fond de la vague car elle est trop courte. Le pont est dans lŽeau tout le temps et le travail y est dangereux car il y a des vagues qui frappent le bateau à tout moment. Résultat, impossible de dormir avec le bruit permanent et les chocs sur la coque. Cela va durer encore une nuit comme ça."

- Sébastien Josse (VMI) :"Pour dormir ? Tu mets le casque antibruit et tu dors dans la baston. Le bateau va à 20 nœuds, c'est stressant, cela cogne, cela mouille mais au bout d'un moment, on dort !".

Précision : le casque antibruit c'est un casque 'actif' qui filtre certains sons plutôt les sons sourds et réguliers genre bruit de vagues percutant la coque mais laisse passer les sons important pour suivre la marche du bateau et conserver ainsi un certaine capacité de surveillance auditive des bruits qui alertent le skipper d'évènements 'anormaux'.

 

En voilier on ne va pas toujours où l'on veut ... illustrations

- Dominique Wavre (Temenos) "Pour la suite, pendant 2 jours environ, on va continuer dans le même type de temps dans le même flux de vent. On va arriver tout près de Cape Town en Afrique du Sud et là commencera la deuxième problématique, comment arriver à faire du Sud pour passer la pointe de l'Afrique ? On va très vite mais pas forcément dans la bonne direction ! »

- le parcours d’Alex Thomson suite à son bris de vit de mulet (voir image Route Alex, c’est le plus sud).

- Vincent Riou (PRB) "Au petit matin, après le lever du jour, j’ai voulu aller dormir. Ma sieste a duré 1h30 – 2h00 sous pilote en mode vent réel. Résultat : alors que je voulais faire de l’est, je me suis retrouvé à faire du sud. Je pense avoir perdu 10 à 15 milles en latitude."

 

Surfs

Les experts des surfs français vus par un "débutant" Anglais (bon pas n'importe lequel vu qu'il navigue sur le bateau d'Ellen Mac Arthur)

Nick Moloney « Tous les jours je deviens un meilleur marin en solitaire. J’apprends. Les français devant sont vraiment très forts à ce jeu là. Avec mon manque d‘expérience, c’est stressant… Quand le bateau est à fond, qu’il y a de l’eau partout, que les bouts frappent sur la coque et que les voiles gonflent et se dégonflent… jŽai vraiment du mal à dormir. A chaque fois que tu mets le pilote, que tu descends dans la cabine et que tu essayes de fermer les yeux, le bateau se met plein vent arrière, part au surf dans une vague et là tu as le coeur qui décroche, et tu te précipites sur le pont pour éviter lŽempannage…" Quand on vous dit que le truc n’est pas à la portée du 1er venu !!!

Technique pour optimiser les surfs par Jean-Pierre Dick (Virbac) : "A lŽintérieur, jŽai tout rangé et attaché. Le matériel est placé sur l’arrière du bateau pour éviter qu’il pique du nez quand il dévalera les pentes liquides. JŽattends encore pour remplir mes ballasts arrière." (Ballast = réservoir que l’on peut remplir d’eau de mer pour alourdir/alléger le bateau et changer son assiette et son comportement, jusqu’à 6 ballast sur certains bateaux qui peuvent pesé unitairement jusqu’à 1 tonne 500).

 

 

Du (beau) monde autour du monde

Après les 20 solitaires du Vendée Globe, 2 autres solitaires sont déjà partis pour battre des records autour du monde :

- Ellen MacArthur sur Castorama va essayer de battre le chrono de Joyon sur Idec établit l'année dernière. Dans des conditions comparables mais pas identiques : en solo, sans escale, sur un trimaran géant; mais Ellen bénéfice d'un routage météo depuis la terre, Joyon lui naviguait réellement en solo (comme les coureurs du Vendée Globe d'ailleurs) faisant sa propre analyse des phénomènes météorologiques à bord. Dernier détail le tri d'Ellen mesure 75 pieds de long (22, 85 mètres), 60 pieds de large (18,28 mètres) soit la même largeur au cm près que les monocoques du Vendée Globe !

- le Russe Fédor Konyukhov (ancien coureur du Vendée Globe) est aussi parti en solo pour un tour sans escale mais lui sur un monocoque de 85 pieds (rappel : ceux du Vendée Globe en font 60). Il vise à battre le temps de Michel Desjoyeaux autour du monde (établit lors du dernier Vendée Globe) … ou du premier arrivé du Vendée Globe 2004-2005 !

A ce beau monde déjà parti va s'ajouter mi-décembre Bruno Peyron et son équipage sur le catamaran monstre "Orange II", il part à la chasse au Trophée Jules Vernes détenu par Kersauzon depuis l'année dernière. Pendant ce temps Kersauzon va courir l'Oryx Quest ... pour l'instant il est le seul concurrent (les autres concurrents inscrits n'ont pas de bateau ou pire des bateaux sont sur les rangs mais sans équipage !).

Et il reste toujours le pirate du Vendée Globe qui va bientôt se faire rattraper par la tête de la course : le lyonnais Charles Hedrich à bord d’Objectif 3 (le Paris-Dakar à moto, le Vendée Globe qu’il a été obligé d’anticiper en partant hors course 4 semaines avant tout le monde, et l’année prochaine : l’ascension de l’Everest).

 

Tranches de vie et instants de bonheur sur l'eau autour du monde

- Roland Jourdain (Sill et Veolia) : "Il n'y a jamais 5 minutes pour s'ennuyer. J'ai l'impression que cela fait seulement une semaine que nous sommes partis. C'est sûr, cela lave la tête... Je ne sais pas quelle marque de baleine c'était, mais c'était magnifique. Son souffle dans le rayon de la pleine lune, c'était magique. Rien que pour ça, cela valait le coup de venir".

- Karen Leibovici (Benefic) "Je profite de pouvoir encore passer du temps dehors et pour fêter ça, hier soir je me suis offert une soirée italienne, avec au programme un superbe coucher de soleil, des pastas et un verre de vin rouge, mais juste un ! Il y a des moments pires dans la vie!"

- Dominique Wavre (Temenos) « J’ai 45 nœuds de vent, il y a trois mètres de creux et quelquefois le bateau plante dedans, le baromètree est stable, le ciel est gris et c’est magnifique …C’est vrai que l’on est venu pour ce vent là. Tiens ma quille vibre, je dois être à 20/22 nœuds en ce moment ! J’aime bien le spectacle et je vais boire mon café dans un thermos avec une petite paille accroché à la bastaque de derrière, c’est superbe !"

Ils sont malades, non ? Mais bon c'est pas les seuls; je pense en particulier à un mec qui passe ses journées à vivre le Vendée Globe par procuration et à envoyer des mails pour raconter les aventures de ces (ses ?) héros ... D'ailleurs il y a pire que moi (bon c'est vrai il a une vraie excuse lui son métier c'est la mer) : Jérémie Beyou (spécialiste du Figaro) « Je suis la course sur Internet, je regarde la météo, je fais tourner les routages, j’écoute religieusement les vacations de 11H30 chaque matin, je garde la route des leaders en archive, je m’amuse ! »

Publié dans Vendée Globe 2004

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article