Tournant dans la régate planétaire (édition 9)

Publié le par Nam

Chers tous,

 

Voici l’édition 9 du Canard du Vendée au sommaire :

-         point complet sur la régate

-         des nouvelles de Jean-Pierre Dick (Virbac)

-         et réponse à une question que vous vous êtes certainement posée : les concurrents du Vendée Globe ont-ils subit des vagues Tsunamis ?

 

Bonne lecture à tous.

 

Nam

 

 

Le point sur la régate.

 

Groupe 1 : du changement devant et pas qu'un peu !

 

2 faits marquants cette semaine en tête de course : Jean Le Cam (Bonduelle) a joué à la machine à sous et a gagné une confortable avance et Sébastien Josse (VMI) a été freiné dans sa course jusque là purement irréprochable.

 

A tout seigneur tout honneur : Jean Le Cam gagne aux machines à sous

 

Jean va devenir la coqueluche des vacations avec des formules qui font mouche.

 

Jean Le Cam (Bonduelle) : « Ça faisait un moment que je n'avais pas dormi. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Depuis quatre jours, j'espérais que ça paye. Alors, je réinvestissais. C'est comme devant la machine à sous. Heureusement, cela a fini par payer correctement. Je ne vais pas faire la fine bouche. Mais l'investissement était lourd. »

 

En décodé ça donne (traduction assurée par votre serviteur) : "ça fait 4 jours que je n'ai pas fermé l'oeil, j'étais en veille permanente pour slalomer entre les icebergs. Une fois cette option décidée il fallait l'assumer et jouer à la roulette russe jusqu'au bout (et pas à la machine à sous, la différence c'est que dans un cas on joue des sous dans l'autre on risque de perdre la vie !!!). Finalement je suis sorti de la zone de glace avant d'avoir fait le tour du barillet, il ne restait plus qu'une position. C'était moins une : je l'ai échappé belle !".

 

Si vous croyez que j'exagère et bien reportez-vous aux paroles des skippers eux-mêmes :

- selon Sébastien Josse (VMI), alors 3ième sur les pas de Jean "je ne sais pas ce qu'il va chercher là-bas (Jean Le Cam, ndlr), mais si le but c'est de voir le plus grand nombre d'icebergs, il va être champion du monde !"

- selon Vincent Riou (PRB) alors 2ième sur les pas de Jean "ma route est complètement due à la présence d'icebergs, ce n'est pas une route stratégique en terme de course. Pour moi, ça n'a rien à voir avec ce la régate, c'est un autre paramètre." traduction again : c'est une question de SURVIE !

 

Même Jean Le Cam (Bonduelle) reconnaît devoir faire des choses pas très catholiques comme par exemple s'approcher des monstres pour savoir vraiment à quelle sauce il va être mangé, comme disait Bilou en parlant de son pote (lire l'édition hebdomadaire précédente) "il a un grain de folie" jugez vous-même.

Jean Le Cam (Bonduelle) "Je crois rêver. J'en ai vu cinq et des beaux ! ... Il y en a partout ! Le problème c'est que tu ne peux aller ni à droite ni à gauche. A gauche, j'ai eu un défilé tout à l'heure et maintenant j'en ai un à quatre milles à droite ... Je me suis approché pour étalonner les instruments, le radar."

Vous en pensez quoi ? Il est complètement timbré non ? Certains skippers surveillent la température de l'eau avec leur thermomètre et remontent au nord à l'approche de la zone des glaces pour éviter leur rencontre et lui il trouve rien de mieux que d'aller les voir de prêt et d'admirer (dixit le roi Jean) "leurs beaux reflets bleutés" !!!

 

Résultat des "jeux du stade" : Jean Le Cam a porté une estocade qui pourrait bien être définitive, il vient de passer la barre symbolique des 250 milles d'avance sur son premier poursuivant Vincent Riou (PRB), alors que la semaine dernière rappeler vous je vantais l'âpreté de la régate en précisant que l'écart entre le 1er et le seconde n'avait jamais dépassé les 100 miles en plus de 45 jours de course !

 

Voilà Le Cam est devant je lui souhaite de franchir la ligne en vainqueur aux Sables. Personne ne trouvera rien à y redire même ses plus farouches adversaires sur l'eau, l'avance gagnée cette semaine ... il ne l'a pas volé !

 

 

Le benjamin de la course freiné dans son élan

 

Sébastien Josse (VMI) alors en 3ième position a tout simplement "percuté un petit iceberg". Si, si comme le Titanic : son bateau touchant la glace est passé en moins d'une seconde de 12 à 0 noeuds, cassant au passage son bout dehors contre le glaçon estimé par l'intéressé entre 20 et 30 Tonnes et abîmant l'un de ses safrans ! (la photo du glaçon posé sur  l'horizon est visible sur le site officiel).

 

Pour Seb cet accident marque la fin d'un parcours exceptionnel dans ce Vendée Globe car jusqu'à cet accident il est resté dans le groupe de tête avec un bateau plus ancien et surtout équipé d'une quille fixe (alors que tous ses adversaires possèdent une quille pendulaire), jusqu'à cette semaine il est resté au contact grimpant  même sur la 3ième marche du podium après l'abandon de Bilou. Une nouvelle course commence pour lui où il doit réviser ses prétentions à la baisse. Il vient d'être 'largué' par la tête de course ... et se sera pire dans la remontée de l'Atlantique où son bateau ancienne génération et amputé de son bout dehors et de ses grandes voiles d'avant va souffrir ! Seb disait mener sont bateau à 100%, je pense que vu sa performance il est plus prêt des 200% ... maintenant il lui faut tourner la page et envisager la course différemment par exemple en s'étalonnant sur Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) qui comme Marc Thiercelin et lui même a perdu une partie de ses voiles d'avant.

 

 

Groupes 2 : revue rapide des éclopés et de leurs avaries

- Sébastien Josse (VMI) privé de bout-dehors et de quelques voiles d'avant suite à sa collision avec un petit iceberg. Il a brillamment réparé son safran 'voilé' dans l'accident (lire ci-dessus).

- Jean-Pierre Dick (Virbac), handicapé par une panne d'énergie continue vaillamment après avoir réparé pour la nième fois son vit de mulet et stratifié le système de liaison barre-pilote.

- après son avarie de bout dehors, Marc Thiercelin (Pro-Form) est maintenant inquiet pour la bonne tenue de son mât (il fait le 'spaghetti') et a des problèmes de communication satellite et plus de gaz à bord pour manger chaud ... aux dernières nouvelles il s'est résolu à abandonner pour la première fois de sa carrière. Il ne reste donc plus que 15 concurrents en course sur 20 partants. Marc souhaite tout de même finir son tour du monde hors course à l'issu d'une dizaine de jours de chantier.

- Joé seeten (Arcelor Dynkerque) a explosé son solent (voile d'avant), comme Norbert en son temps

- Patrice Carpentier (VM Matériaux), bôme cassée, a fait escale et a réparé tout seul (pas loin d'où c'était arrêté Yves Parlier il y a 4 ans pour reconstruire un nouveau mat !), aux dernières nouvelles il est repartit avec une bôme plus courte et une grand voile moins haute mais capable d’affronter les vents de face de la remontée de l’Atlantique

- Conrad Humphreys (Hellomoto) remonte petit à petit la flotte lui qui a perdu une bonne semaine à remplacer un safran au mouillage en Afrique du Sud

- Raphaël Dinelli (Akena Veranda) a les yeux rivés sur son mât, dont l'étai menace de lâcher ... mais aux dernières nouvelle il est parti au tapis sous genaker et ses brelages en textile pour remplacer des pièces en métal ont tenus.

 

 

Groupe 3 : l'aventure continue

 

Les 3 aventuriers sont dans leur rythme : Anne, Karen et Benoît continuent leur bonhomme de chemin.

 

Une petite pensée pour Karen qui souffre de son dos suite à son accident de voiture d'août dernier (lire Canard du Vendée Edition 2 : http://nam.over-blog.com/article-35132.html) "Suite à l'accident, on m'a mis des barres de fer dans le dos qui me procurent des douleurs permanentes. Mais c'était un choix de ma part de prendre le départ malgré cela." Voilà une femme qui force le respect !

 

 

 

Des nouvelles de Jean-Pierre Dick

 

« Mes gelures aux mains sont très douloureuses. Je suis en relation avec Jean-Yves Chauve, le médecin de la course pour régler tout cela. »

Jean Le Cam (Bonduelle) l'avait prévenu, il disait le 13 décembre 2004 : "Pour l’instant, je suis sous pilote en permanence. Je défie quelqu’un de tenir la barre plus d’un quart d’heure par 19 nœuds de vitesse au reaching".

 

J'avais posé la question sur le forum Gens de Mer "sans énergie à bord ça change quoi, pensez-vous que Jean-Pierre va réussir à regagner les Sables ?" : les réponses étaient très optimistes et cela ne faisait aucun doute pour personne "mais oui il va y arriver" ... Jean-Pierre a l'air bien décidé à ne pas les faire mentir !

 

Jean-Pierre Dick expliquait avoir remplacé une nouvelle fois le vit de mulet de Virbac : "J'y suis arrivé. C'est assez incroyable parce que tu te dis que cette manœuvre, elle est quasiment impossible à faire tout seul. C'est une sacrée aventure mais on est là aussi pour l'aventure et je suis servi !"

 

Si vous ne la percevez pas très bien la dimension "aventure" jetez un oeil à la photo ci-contre. Voici Virbac en chantier à Lorient, l'engin sera maîtrisé par un homme seul autour du monde pendant plus de 3 mois, sans aucune assistance. Ici la coque est nue : pas de quille / pas de mat / pas de dérives et pourtant regarder les hommes autour comme ils paraissent tout petit, par exemple l'homme à l'avant qui touche l'étrave !

J'ai été voir Virbac en août dernier pendant mes vacances bretonnes. Le bateau était en convalescence après son démâtage dans The Transat, il était dans le hangar du trimaran Foncia d'Alain Gautier et je peux vous dire que ça fait tout drôle de voir la bête d'en dessous !

 

Vous remarquerez sur cette photo officielle (prise en août  cela ne fait aucun doute vu les trombes d'eau qui tombent, j'en suis témoins), les panneaux solaires couvrent le roof (zone arrondi du pont) : c'est cette 'partie noire' qui fournit Jean-Pierre en énergie depuis la casse de ses générateurs.

 

Et ça à l'air de bien fonctionner ... Certains signes ne trompent pas : Jean-Pierre a pu envoyer une photo de l'un des icebergs qu'il a croisé. Avant de la recevoir au PC course il a fallu consommer pas mal d'électricité : pour prendre la photo, la transférer sur l'ordinateur et établir la connexion satellite !

 

 

Séisme : les concurrents ont-ils subit les vagues Tsunamis ?

 

Avant le terrible séisme du 25 décembre qui a semé la mort sur les côtes d'Asie, un séisme sous-marin de 8,2 sur l’échelle de Richter s’était produit à 16h00 (heure française) 2 jours plus tôt (jeudi 23 décembre) à proximité des îles Macquarie pratiquement sur la route des concurrents.

 

Rappel sur l'origine du phénomène

 

Le séisme a eu lieu entre les plaques tectoniques indo australienne d’un côté et pacifique de l’autre. A cet endroits les fonds sous-marins remontent de 4000 mètres en moins de 10 milles avant de replonger à 5000 mètres 20 milles plus loin. Ce mur sous-marin marque la limite naturelle entre l’Océan Indien et l’Océan Pacifique. Ce tremblement de terre sous-marin créé une onde qui à la manière d'une goutte d'eau tombant dans un évier se propage de manière circulaire.

 

Quels sont les effets en mer ?

 

Effectivement les concurrents dont Dominique Wavre (Téménos) étaient à proximité de l'épicentre du séisme mais d'après 2 sources différentes et aussi étrange que cela puisse paraître ce phénomène n'a semble t'il aucun effet sur l'état de la mer ... du moins en plein mer.

L'onde ne devient dévastatrice que lorsqu'elles rencontrent des hauts fonds, donc à proximité des côtes. En haute mer, elles sont à peine perceptibles.

Ou encore : d’après Michel Cara, Directeur du Bureau Central Sismologique Français, une telle secousse, aussi violente soit-elle, n’a que peu d’incidence sur la mer à partir du moment où elle se produit par de très grandes profondeurs. Les fameux Tsunamis, ces vagues géantes liées à un tremblement de terre, ne se produisent qu’à l’approche des côtes, et non en pleine mer.

Publié dans Vendée Globe 2004

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