Départ de régate au Cap Horn et bonne résolution pour 2005 (édition 10)

Publié le par Nam

Chers Tous,

Voici la lettre hebdomadaire N°10. Au sommaire :

- suite de la saga "à la voile on ne va pas toujours où l'on veut !"

- point sur les abandons

- Cap Horn viré : top départ pour la régate finale à 3

- et une lecamerie inspirée en guise de conclusion.

 

Pour la première fois les articles sont triés par ordre de taille croissante pour permettre au lecteur que vous êtes d'accrocher plus facilement à ce récit personnel et j'espère éclairé du Vendée Globe. Vous compter parmi mes lecteurs est mon souci permanent. Par ailleurs la perle de cette 10ième édition hebdomadaire du "Canard du Vendée" se trouve en bas de page avec le dernier sujet ... et exception qui confirme la règle énoncée ci-dessus il est très court, alors si vous n'avez pas le temps et ne lisez qu'un seul article : lisez celui-ci !

Bonne lecture à tous,

 

Nam

 

 

 

"à la voile on ne va pas toujours où l'on veut !"

 

Cette maxime maritime que j'ai déjà illustrée par le passé de nombreuses fois, s'enrichit d'un nouvel exemple cette semaine. Voici quelques mots de Sébastien Josse (VMI) après son passage du Cap Horn.

« Mon passage du Horn a été quelque peu tourmenté car sous les grains. J’ai dû passer à 3 milles du rocher ... mais quelle satisfaction d’être enfin de retour en Atlantique.»

Petite traduction perso : "un grain est passé, j'étais surtoilé et j'ai été un peu dépassé par les évènements. J'avais pas trop le choix : j'ai joué la sécurité en piquant sur le Cap, le temps de tout faire rentrer dans l'ordre je n'étais qu'à 3 miles du rocher !". Il a dû bien le voir ce 'rocher de la délivrance' le Jojo ... à 3 miles ... en plein jour. Et dire que d'autres concurrents le passent de nuit et/ou plus au large et/ou avec une visi pourrie et ne l'aperçoivent même pas ce fameux Cap, ils peuvent seulement l'imaginer à travers une position GPS ...

 

 

Après les abandons, un nouveau départ ?

 

Sur 20 au départ, ils sont au nombre de 6 à avoir jeté l'éponge dans l'ordre : Laurent (UUDS) ; Sedlacek (Brother) ; Thomson (Hugo Boss) ; Jourdain (Sill et Veolia) ; Thiercelin (Pro-Form); Carpentier (VM Matériaux). 

Patrice Carpentier le dernier en date a rejoint Marc Thiercelin pour faire réparer son bateau au même chantier. Après un 1er regroupement d'éclopés au Cap de Bonne Espérance, le 2ième regroupement a donc lieu en Nouvelle-Zélande, Roland Jourdain ayant me semble t’il fait bande à part.

 

Patrice Carpentier table sur une grosse semaine de travaux. Marc et lui ont juré mordicus qu'ils reprendraient le chemin du retour pour finir leur boucle, même hors course. Leurs délais de réparation sont assez proches, en espérant que les "engagements annoncés en mer" continuent d'être "valides une fois le pied à terre" ... je rêve qu'ils repartent tous les 2 de conserve et de surcroît qu'ils rejoignent les derniers encore en course. Ca serait super pour la sécurité de tout le monde (par exemple celle de Karen) et ce serait une belle page dans l'histoire du Vendée Globe ...

 

 

Cap Horn viré : top départ pour la régate finale à 3

 

Les 3 premiers ont passé le Cap Horn, à cette marque de parcours à peine 20h séparent le premier (Jean Le Cam) du 3ième (Mike Golding) ... effarant. La régate finale dans la remontée de l'Atlantique est lancée, à la clef un podium : 3 concurrents pour 3 marches, il ne reste plus qu'à déterminer dans quel ordre ! C'est tendu ... faites vos jeux mais sachez que la remontée de l'Atlantique côté météo s'annonce extrêmement délicate.

 

Stratégie et météo

Vincent Riou (PRB) "La météo devant est tellement incertaine ... il va falloir être vigilant ... si on regarde la route idéale, il faut qu'on parte à 30 degrés de la route directe pour aller jouer avec un anticyclone baladeur."

Mais Vincent continue à jouer la prudence qui lui a déjà bien réussit dans le Sud, il reste fidèle à l'esprit de l'école du Figaro-Port la Forêt à laquelle il a été formé : il privilégie une progression lente mais certaine aux coups de poker, parfois payants, parfois lourds de conséquences "Ce décalage qu'il faut faire pour contourner le système météo devant, si quelqu'un y va maintenant, c'est sans retour. Et là, si la situation évolue dans le mauvais sens, c'est 300 milles de retard et au revoir ! Je ne joue pas au poker, il ne faut pas faire n'importe quoi."

De son côté Jean Le Cam (Bonduelle) tente une 'petite' option, les 2 précédentes tentées depuis les Sables ont prouvé qu'il était assez fort. Rappelez-vous le passage des îles du côté de l'équateur à l'extérieur de toute la flotte et le 'recalage' devant tout le monde juste après (un vrai cours de régate en direct !) ou encore la descente très Sud dans les icebergs avant le Horn. 2 petites options qui lui ont permis respectivement de passer devant la meute affamée puis de porter son avance sur le second à 250 miles, là où depuis le départ elle n'avait jamais dépassée les 100 miles !

 

Personne ne vend la peau de l'ours avant de l'avoir tué

 

Jean Le Cam (Bonduelle) ne fait pas le fanfaron, loin s'en faut :

"Moi, si j’arrive aux Sables d’Olonne avec 10 minutes d’avance, cela me suffit."

 

Vincent Riou (PRB) ne dit pas autre chose en rapportant lors de la vacation :

"C'était la plus belle pirouette de toute ma carrière de marin ! D'un seul coup, le vent est rentré, la dernière fois que j'ai vu l'anémomètre, il y avait 75 nœuds de vent arrière ! Le bateau a sanci, cul par-dessus tête et s'est couché sur le côté. Le tableau arrière n'était pas loin d'être à 10 mètres de haut." Image improbable que celle de PRB le nez dans l'eau, le pont à la verticale ! (source Axel Capron sur sports.fr).

 

La route est encore longue jusqu'au Sables, les conditions peuvent encore réserver de mauvais coups et comme le matériel et les bonhommes doivent commencer à accuser une certaine fatigue ... attention à la sortie de route qui pourrait compromettre une place sur le podium.

 

 

Etat du bateau et des bonhomme ... motus et bouches cousues

 

A ce stade de la compétition comme d'hab tout le monde se pose la même question "dans quel état sont les bateaux et les bonhommes ?". Comme d'hab, et croyez-moi c'est très dur à avaler pour des personnes avides d'info comme je le suis, la compétition a ses règles et on en saurait rien ... avant l'arrivée. Exemple ...

 

Jean Le Cam "Bonduelle est impeccable comme au départ des Sables, à part le balcon arrière qui est un peu en vrac".

 

Je me suis tiré les yeux sur la photo de l'Equipe de mardi dernier pour voir ce qu'il avait ce balcon photographié des airs lors du passage du Horn ... ben vous me croirez à peine si je vous dis que le balcon arrière bâbord est à peine plié de 30° ... en bref rien de rien quand à côté certains ont perdu leur bout dehors, déchiré des voiles, voilé des safrans, cassé leur bôme en 2, fendue une quille (d'ailleurs en tous points identique à celle de Le Cam), naviguent sans énergie électrique ou avec la peur de voir son mat tomber sur sa tête pour cause de haubans 'mous' et ... j'en passe !!!

JEU DES 'X' ERREURS (ici X = 1) : trouvez l'avarie sur Bonduelle. Un conseil : chaussez votre loupe et regardez bien sur la poupe à bâbord (si mes conseils vous embrouillent plus qu'ils ne vous aident, regardez dans un dictionnaire les mots : poupe, balcon, bâbord, loupe). La légende de cette photo pourrait aussi être « Intox quand tu nous tiens ! »

 

[Petite remarque perfide : cette photo est une nouvelle fois reproduite ici avec l’aimable participation du site officiel, la zone intéressante a été un peu ‘coupée au montage’, décidemment ils n’ont pas le même centre d’intérêt que moi !]

 

Comme le dit joliment Jean-Yves Bernot dans Libé "Une avarie pénalisante n'est pas le genre de mésaventure sur laquelle on communique quand on est en tête : ça ne regarde pas l'opposition qui risque d'en profiter".

 

 

Info de dernière minute : écart très très très très très très très serré en tête !!! (non, non je ne bégaye pas)

 

Un chiffre, un seul franchement impressionnant. Au pointage de Dimanche 9 janvier 2005 matin, les trois leaders de la course se tenaient en 5,4 milles en distance au but (le port des Sables d’Olonne), alors qu'ils en avaient parcouru environ 17 000 des miles depuis le départ. Ce nouveau classement est aussi un beau cadeau d’anniversaire pour Vincent Riou (PRB) qui reprend les commandes de la course abandonnées en début de Pacifique … alors qu’il fêtait hier Dimanche son 33e anniversaire.

 

 

 

En guise de conclusion une "lecamerie" inspirée ...

 

Jean Le Cam (Bonduelle) "J’ai remarqué que soit la terre était petite, soit on va très très vite… En fait je crois que la terre est petite ! CŽest un peu ce que je retiendrais de ce Vendée Globe".

 

Oui la terre est petite et en plus nous sommes nombreux dessus alors prenons soins de cette terre comme de nous-même. Et si vous avez tendance à oublier ce message, comptez sur Benoît Parnaudeau (Max Havelaar) pour vous le rappeler chaque jour que compte sa circumnavigation. Son message est simple "Pourquoi juste consommer ? quand on peut consommer juste !". Et oui la terre est ronde mais elle ne tourne pas toujours très rond et ce n'est pas une fatalité : à nous d'agir … en ce début d’année à chacun de prendre de bonnes résolutions !

Publié dans Vendée Globe 2004

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