Pêtage de plombs et petit cours de météo (édition 11)

Publié le par Nam

Chers Tous,

 

Voici la lettre hebdomadaire N°11 de Nam autour du Vendée Globe.

 

Au sommaire :

- après plusieurs semaines de course : ça travaille sérieusement du chapeau

- à la rencontre du PC course itinérant

- petit cours de météo pédagogique sur un air d’accordéon

 

Bonne lecture à tous,

Nam

 

 

 

Après plusieurs semaines de course : ça travaille sérieusement du chapeau

 

Jean Le Cam (Bonduelle) : « Parfois, je me fais bien rigoler. Souvent, quand je sors, je fais un bisou à Paul, mon pilote automatique, et d'autres à mon Bonduelle ! Je ne sais pas si on ne commence pas à gnognoter du chapeau ... »

Bon ben ça va peut-être pas vous rassurer mais il n'est pas le seul. De mon côté à force d'empathie avec les coureurs, je me suis surpris ce week-end à me lancer dans les réparations de leurs avaries à mon domicile. Et oui un des gros sujets traités la semaine passée dans Nam c'était les problèmes de drisse de Mike Golding et bien je vais vous conter ce qu'il m'est arrivé ce dimanche matin.

Voilà l'histoire : Dimanche matin au réveil je me dirige dans le salon pour remonter le volet roulant afin de laisser entrer la lumière, il monte normalement puis au bout d'un mètre se bloque et malgré mes efforts, impossible de le faire monter plus haut. Après quelques essais de va-et-vient il finit par redescendre et s'immobilise définitivement en position fermée. Pour rappel Mike Golding se réveille mardi matin, tout à coup voit ses fenêtres -pardon ses hublots- s'obscurcir, son store -pardon sa grand-voile- vient de tomber sur le pont ! Je prend mon petit déj et décide de monter en tête de mat (pardon en haut de l'escabeau, qui fait pas 26m de haut je vous rassure) puis démonte la protection du volet roulant et découvre le pot aux roses que voici : ma drisse est sortie de son réa et est venu s'enrouler autour du store.

 

Bon je répare et j'espère que ça ne va pas recasser tout de suite !!

 

Voilà jusqu'où va mon mimétisme avec les coureurs du Vendée Globe (je crains être le seul être vivant à déclarer une pathologie aussi sévère) certains diraient carrément que je pête les plombs ... je ne peux malheureusement pas leur donner tord surtout que la vieille, Samedi donc, était aussi une journée placée sous le signe du "Vendée Globe".

 

 

A la rencontre du PC course itinérant

Et oui vous l'avez peut-être lu ici, car très peu d'infos circulent sur le sujet, Sodebo partenaire officiel du Vendée Globe a monté un PC course itinérant qui sillonne les centres commerciaux de France et de Navarre pour faire connaître ses pizzas et accessoirement le Vendée Globe. J'ai donc été à la rencontre de cet évènement, pour une fois que le Vendée Globe vient à moi ...

Sur place j'ai pris cette belle photo dont je suis assez fière mais qui ne peut pas participer au concours photo Nam car malgré des apparences trompeuse, je ne suis pas (encore ? non jamais !) un concurrent du Vendée Globe.

Vous noterez le beau rond bleu au plafond ainsi que le cercle parfait dessiné au sol qui évoquent à la perfection le tour du monde qu'est le Vendée Globe.

 

Qu'ai-je vu surplace ?

- de jeunes 'animateurs' très sympathiques

- une présentation plutôt bien faites de chaque concurrent

- une connexion Internet qui permet de suivre les vacations et de consulter le site officiel (mais pas celui de Nam !)

- des dégustations de pizzas Sodebo et un autographe de Thomas Coville le skipper maison

 

Que n'ai-je pas vu surplace ?

- Thomas Coville qui aurait dû être là ! [ J'ai appris depuis que Thomas Coville sera à bord de Qatar 2006 (ex-Club Med) aux côtés de Brian Thompson sur la course Oryx Quest. On retrouve sur ce même bateau d'autres mercenaires français connus : Jacques Vincent (comme Thomas ancien équipier d'Olivier De Kersauzon sur des Trophée Jules Verne et comme Thomas nommé chef de quart sur Qatar 2006) et aussi la célèbre Karine Fauconnier (toujours en attente de sponsor pour son tri ex Tacchini ?). Je vous reparle de cette course là. ]

- pas grand monde : le grand public venu faire ses courses n'a pas l'air d'être 'attiré' par le stand (d'ailleurs aucun logo Vendée Globe n'est présent sûrement une histoire de gros sous voire de stratégie)

 

Voilà si vous n’habitez pas loin des prochains centres commerciaux visités vous pouvez aller faire un saut, voici le programme.

 

 

Petit cours de météo sur « un air d'accordéon » (article technique, niveau 2 confirmé)

Dans le Sud les dépressions se succèdent et passent sur la flotte les unes après les autres d'Ouest en Est (de gauche à droite si vous voulez), séparées par des "zones de transitions", moins ventées. Ce passage se déroule toujours en 2 phases qui lui donne son nom de « coup de l'accordéon » ou de « coup de l'élastique » ... explications.

Hypothèse de départ : 2 dépressions séparées par la fameuse zone de transition. 2 concurrents chacun à une extrémité de cette zone (on dit qu'ils ne sont pas dans le même système météo !). La dépression A est la vieille dépression, la plus à l'Est. La dépression B, c'est la nouvelle, la plus à l'Ouest. Le concurrent 1 est dans la traîne de la dépression A (c'est à dire sur sa bordure Ouest), il vient de se faire dépassé par cette dépression, il a de moins en moins de vent par contre la mer elle est encore grosse, situation pas très confortable. Le concurrent 2 est lui au début de la dépression B (dans la fin de la zone de transition), le vent progressivement commence à "rentrer". Vous suivez ? C'est là que l'élastique intervient !

 

Phase 1 :

Le chasseur touche du vent avant le chassé, sa vitesse augmente les écarts se réduisent. Le concurrent 1 voit son poursuivant revenir à fond alors que lui est impuissant, il est en train de se faire "avaler" par la zone de transition ... sans vent.

 

Phase 2 :

La dépression passe sur le concurrent chasseur (les dépressions se déplacent plus vite que les bateaux, pour combien de temps encore ?), qui doit réduire la voilure et affronte une mer qui grossit moins propice la vitesse. Au même moment le 1er concurrent lui commence à avoir les effets bénéfiques de cette dépression, il est propulsé en avant et accroît son avance. Les 2 concurrents sont temporairement chacun d'un côté du centre de la dépression. Et cette fois c'est le 1er concurrent qui prend la poudre d'escampette.

 

Bien sûr il est possible de décrire le phénomène dans l'ordre inverse c'est à dire de partir d'une situation de départ où chacun est d'un côté de la dépression et là l'image de l'élastique prend réellement tout son sens ...

- d'abord l'élastique s'étire : la distance entre les concurrents s'accroît au risque de casser, dans ce cas il n'y a plus d'élasticité donc plus de retour possible pour le poursuivant !

- puis l'élastique se rétracte : l'écart se réduit, là le risque c'est que le chasseur reste à surfer à l'avant du front froid de la dépression rattrapant complètement son retard sur le 1er et cela peut faire très mal au 1er, plus mal encore qu'un simple élastique qui claquerait entres ses doigts !

 

Ces "coups d'élastique" c'est un grand classique de la course au large c'est ce qui met du piment dans les classements et encore cela ne s'applique quand dans des conditions assez particulières (comme dans le Sud) où les concurrents doivent un peu faire tous la même route dans une configuration 'petits chevaux de bois', les uns derrières les autres car les portes (imposées par l'organisation ou naturelles comme le Cap Horn) imposent une route serrée.

Mais quand le champ d'action s'élargie comme dans la remontée de l'Atlantique où le jeu d'échec se déroule dans l'absolu entre 2 continents, l'Afrique d'un côté et l'Amérique du Sud de l'autres ... l'histoire est autrement plus compliquée et je ne tente même pas de vous l'expliquer.

 

Bien sûr ce que je vous dis là ne sera peut-être plus vrai d'ici quelques années car si pour l'instant les coureurs se font encore doubler par les systèmes météo (les dépressions se déplacent à des vitesse de l'ordre de 35 à 40 noeuds en Atlantique Nord comme dans les mers du Sud), les multicoques eux, et les monocoques même menés en solitaire peut-être bientôt, sont déjà confrontés à un nouveau problème : leur vitesse moyenne peut dépasser la vitesse de déplacement des phénomènes météo et là, si vous avez tout compris de l'élastique, vous imaginez bien que ça pose un gros problème car après avoir "surfé" sur une dépression et l'avoir dépassée on se retrouve inexorablement dans la zone de transition qui la précède, et c'est l'arrêt buffet un peu à la manière d'un bon gros surf sur une vague où l'arrivée peut faire très mal en s'arrêtant brutalement dans la vague précédente. Pour illustrer cette particularité, pour l'instant apanage des multi, voici ce que disait Franck Cammas au lancement de son maxi-trimaran (Groupama III fera 32 mètres de long pour 22,50 m de large, sera doté de foils et d'un mât de 40 mètres) : "…notre démarche nous a amené à concevoir un bateau qui soit extrêmement performant sur la descente et la remontée de l'Atlantique. Car dans le sud (océans Indien et Pacifique), rien ne sert d'aller plus vite que les phénomènes météo …".

 

En tout cas avec un solide partenaire jusqu’en 2011 (au moment où nombre de projets nautiques ont du mal à décrocher un sponsor), Franck sera un très sérieux concurrent pour Oliver De Kersauzon (alias ODK) qui est le seul à ce jour à disposer d'un maxi trimaran, les autres acharnés de records comme Bruno Peyron ayant opté pour des catamarans (2 coques au lieu de 3).

 

___

. Révision 1.0 du 19/01/2005 : ajout de l'explication pourquoi Thomas Coville n'était pas présent sur le PC course itinérant Sodebo : à cause de sa participation à l'Oryx Quest.

Publié dans Vendée Globe 2004

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article