Au cap Horn, la mer bouillonne

Publié le par Nam

Les nouvelles de Charles par Patricia ayant l'air d'avoir un peu de retard, voici en attendant une nouvelle photo en provenance du large envoyée par Joé Seeten (Arcelor – Dunkerque) lors de son passage du cap Horn en 8ième position ... vive les satellites !

 

 

Je vous laisse déguster ... avant d'y aller de mon petit commentaire

 

 

Que voit-on sur cette photo ?

Bien sûr, posé sur l'horizon le cap "dur", celui de la délivrance après plus d'un mois dans le Sud. Joé, ce veinard le passe de jour : il peut savourer ce moment, l'émotion pour lui doit être très forte.

 

Mais surtout ce que je note moi c'est la véritable marmite qui s'étend entre son bateau et le cap. Ca ne saute peut-être pas aux yeux des 'non naviguant' (je déteste cette expression mais ils l'emploient eux-mêmes pour se désigner et j'ai pas trouvé mieux, rien de péjoratif, vos suggestions sont les bienvenues). Je disais que moi je vois surtout "un vrai bordel" : une mer pas rangée, pas une vague dans le même sens que l'autre, ça déferle de partout, aucune vague n'a la même hauteur que sa voisine, bref un terrible désordre qu'on appelle une "mer croisée", très très inconfortable, preuve qu'il rigole pas ce maudit cap !

 

Je ne vais pas entrer dans de longues explications sur le pourquoi du comment de l'état de la mer à cet endroit là, le cap Horn est tellement mythique que la littérature déborde sur le sujet. Juste pour mémoire je site : la remontée rapide des fonds, le courant, l'entonnoir entre l'Antarctique et le sud de l'Amérique du Sud, les dépressions qui tournent en boucle à fond la caisse autour du globe sans jamais s'arrêter même pendant l'été (je vous rappelle que c'est l'été là-bas, pour vous en persuader regarder la couleur du ciel sur la photo !).

 

Pour compléter le tableau, je citerai juste 2 navigateurs, parce que quand même c'est ceux qui fréquentent ces phénomènes qui les décrivent le mieux et pas les mecs comme moi ou d'autres assis tranquilles dans leur fauteuil derrière leur clavier.

 

- Olivier De Kersauzon racontait lors de son dernier record autour du monde dans le Trophée Jules Vernes avoir affronté dans ces parages les plus hautes vagues de sa pourtant longue vie de marin : des trains de vagues de 18 m de haut. Il expliquait ça très bien dans le genre "les systèmes sont si violents et se succèdent si vite que les vagues n'ont pas le temps de se ranger !" (petite précision : l'état de la mer dépend en fait de la force du vent, de la durée et de la distance sur laquelle il a soufflé, les marins appelent cela le "fetch").

 

- Bruce Schwab (Ocean Planet) en approche du cap Horn, nous fournit l'explication finale du phénomène : « En ce moment, c’est très agité. J’ai 30 nœuds de vent du nord et surtout une grosse mer croisée. Les vagues montent l’une sur l’autre très en hauteur et déferlent. »

 

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. Révision 1.0 du 19/01/2005 : ajout d'une précision sur le phénomène de fetch : c'est le vent qui 'fabrique' la mer ...

Publié dans Vendée Globe 2004

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