Suggestion d'évolution pour éviter les bains en pleine mer

Publié le par Nam

Ces machines de course que sont les 60 pieds Open évoluent en permanence. En regardant ces bijoux hi-tech, je ne peux s'empêcher de m'interroger, je pense d'ailleurs ne pas être le seul : "mais que vont-ils nous inventer la saison prochaine ?". La dernière trouvaille en date c'est les safrans relevables qui ont fait la preuve de leur utilité (la rupture de son safran fixe a causé l'abandon de mon chouchou Hervé Laurent) comme de leur fiabilité (plusieurs bateaux qui en sont équipés sont en passe de boucler leur tour sans encombre). Je suggère aux architectes comme aux coureurs un nouvel axe de réflexion : trouver une solution pour se débarrasser facilement des inévitables algues qui se prennent dans les appendices, freinent la progression des bateaux et qu'il n'est jamais facile de retirer.

 

D'habitude une fois empêtrés dans les algues ou autres objets moins naturels (filets de pêche, bâches plastiques ...), les skippers sont obligés de pratiquer les célèbres "marches arrières" dont je vous ai déjà souvent parlé (comme ici). Outre le fait que cette figure n'est pas toujours facile à exécuter, cela casse un peu la moyenne journalière et en plus il y a des circonstances où on a beau retourner le problème dans tous les sens : le bain forcé est inévitable ! Cette solution de dernier recours est tout sauf une partie de plaisir : quitter son bateau pour se jeter à l'eau quand on est seul au milieu de nulle part avec 1 000 mètres de fond et que, pour couronner le tout, le bateau continue à avancer avec personne à la barre ... c'est franchement angoissant ! Parfois même cela devient un véritable exploit.

 

Jean Pierre Dick (Virbac) « Ce matin, Virbac s'est arrêté complètement. Je me suis penché par-dessus bord et jŽai vu de longues algues qui traînaient dans mon sillage. JŽai essayé de manœuvrer pour les enlever mais sans résultat car sans grand-voile il m’était impossible de me mettre en marche arrière. Je me suis donc résigné à plonger ! Et là, surprise, cŽétait énorme, vraiment énorme ! La quille et le safran étaient littéralement emprisonnés par des algues qui faisaient bien 20 mètres de long. Je ne voyais plus la quille. J'ai tout dégagé au couteau » Jean-Pierre avait enfilé sa combinaison embarquée pour ce genre d'exercice mais l'eau n'était quand même pas chaude : 10°C !

 

Moi en été sur les plages bretonnes déjà avec une température de 15°C j'ai du mal à entrer dans l'eau ! Je me souviens d'une sortie en body surf dans une eau à 12°C, pourtant j'étais équipé d'un shorty, et bien pour 1 heure de surf j'ai bien mis au moins le double de ce temps à me réchauffer sur la plage !

 

Pour illustrer la taille des algues voici 2 belles photos de spécimens rencontrés par Jean-Pierre Dick et Dominique Wavre.

 

Les algues de Jean-Pierre Dick après le Horn

 

 Les algues de Dominique Wavre dans le Pacifique

 

A l'attention des personnes qui n'aurait jamais fait l'expérience unique d'une baignade en pleine mer voici des précisions qui visent une nouvelle fois juste à vous faire mesurer la difficulté du bain de Jean-Pierre. Imaginez-vous à bord d'un superbe voilier en croisière, vous être au large ou même en vu des côtes, là n'est pas l'important, la chaleur est écrasante, le capitaine laisse entrevoir la possibilité d'une baignade rafraîchissante. Inévitablement l'équipage se scinde en 2 groupes : ceux qui disent 'super je plonge' et les autres qui ne disent rien mais pensent tout fort 'ou là c'est quoi cette idée de dingue !'. Bon imaginons que vous soyez plutôt téméraire et que vous décidiez de vous jeter à l'eau. Et bien vous allez avoir inévitablement 2 surprises.

 

1er effet : une fois dans l'eau vous allez ressentir un petit pincement au coeur dans le genre prise de conscience « ah mais ça fait quand même un peu peur de n'avoir pas pied, de savoir qu'il y a plusieurs centaines de mètres d'eau dessous et plein de bestioles bizarres qui peuvent me boulotter les orteils ... ». A ce sentiment particulier à toute baignade dans une eau somme toute inconnue (je prend les paris que vous avez vécu cette même histoire si vous avez osé un ‘bain sauvage’, par exemple, dans un lac) s’ajoute la découverte d’une nouvelle dimension dont vous ne soupçonniez pas du tout l’existence en étant confortablement à bord du bateau. Vous venez de perdre vos repères et ce changement de ‘point du vue’ vous plonge brutalement dans une autre dimension : « ou là mais il est pas grand ce bateau vu d’ici (même s’il fait 18 m !). Putain j’avais par encore réalisé à ce point que nous sommes tout  petit, perdu au milieu de l’immensité de la mer ... on est vraiment peu de chose ! En plus dites moi la côte (si tant est que vous la voyiez) elle est quand même plutôt loin, faudrait pas que j’ai à la gagner à la nage parce que ça fait une trotte et quand bien même ce serait mon dernier recours je ne suis pas certain de pouvoir la rejoindre par mes propres moyens ! »

 

2d effet : "et si j'essayais de rejoindre le bateau et de remonter à bord ...". L'idée est bonne mais sa mise en oeuvre est plus délicate qu'il n'y paraît : rattraper un bateau qui avance même faiblement ce n'est pas une mince affaire ... Dans le meilleur des cas vous êtes attachés et il faudra faire un sérieux effort pour lutter "contre l'eau" pour ne serait-ce que poser un pied sur l'échelle de bain, comme si vous étiez dans les rapides d'un torrent victime d'un très fort courant... Dans le pire des cas vous n'avez pas été prévoyant et il vous faut nager en déployant toute votre technique et toute votre force pour arriver à rattraper mètre après mètre le bateau, car un bateau qui se traîne lamentablement ne serait-ce qu'à 3 noeuds (à cette vitesse je connais moult plaisanciers qui ont craqué et délaissé un sur-place relatif à la voile pour céder à la faciliter d'une brise diesel), et bien je disais donc qu'à 3 noeuds seulement vous allez dépenser une énergie folle à regagner le bord avec l'angoisse de fatiguer et de voir votre cher voilier s'éloigner tranquillement, sans que vous n'arriviez jamais à regagner son bord ...

 

 

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. Révision 1.0 du 26/01/2005 : compléments sur le 1er effet d'une baignade en plein mer

Publié dans Vendée Globe 2004

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Nam 27/01/2005 22:14


Merci pour ton commentaire, j'avoue aussi prendre beaucoup de plaisir à ces bains en pleine mer. Si j’ai volontairement ‘noircit le tableau’ c’est parce qu’il faut reconnaître que, tout plaisancier que nous sommes, nous avons un énorme avantage par rapport aux concurrents du VG : celui de pouvoir 'choisir' notre jour de baignade.

tomtom 26/01/2005 18:06

un petit commentaire sur les "bains en pleine mer" : comme c'est bien décrit dans l'article, ça donne un sentiment d'angoisse de se sentir minuscule dans cette immensité bleue. Pour ma part, passé ce sentiment (et peut être avec l'habitude), j'éprouve une sensation indescriptible : n'être qu'une poussière mais aussi être dans un lieu unique, où aucun homme (peut être) ne s'est jamais trouvé, être au centre de la Terre !!
J'ai énormément de mal à décrire cette sensation, mais c'est très agréable et c'est quelque chose dont je raffole.

Et j'ai beau aimé la navigation à voiles (donc avec du vent !), je suis toujours content lorsqu'en mer, il n'y a plus de vent et de bonnes conditions (si possible grand soleil et pas trop de houle) : c'est souvent synonyme d'une bonne séance de plouf !!