Conrad pompe pour ne pas couler

Publié le par Nam

Voici un récit édifiant de Conrad Humphreys (Hellomoto) qui raconte comment un peu avant le passage du Cap Horn il s'est fait très très peur : son bateau prenait l'eau par un capot explosé et il aurait pu tout simplement couler dans le Pacifique. La photo suivante montre le bricolage mis en place par Conrad pour aveugler l'ouverture sur le tableau arrière du bateau en prenant appui comme il l'a pu sur différents endroits de la coque, seule solution pour faire face à la pression des vagues déferlantes qui percutent le bateau. Je vous laisse lire et y vais ensuite d'un bref commentaire.

 

Photo Conrad Humphreys (Hellomoto)

 

Description complète de la main de Conrad

 

« Dimanche soir, au plus fort de la tempête, le bateau sous tourmentin seul partait dans des surfs bien contrôlés. J’en ai enregistré un à 23 noeuds. J’ai alors décidé de m’accorder quelques minutes de sommeil. A peine installé dans ma bannette, je fus alerté par un bruit de bouillonnement d’eau venant de l’intérieur du bateau. Je me suis relevé en hâte et ai empoigné une lampe torche. J’ai pénétré dans le compartiment arrière et me suis trouvé assailli par de l’eau glacée. Il y avait au moins 50 centimètres d’eau et je voyais clairement que le capot qui protège l’accès par l’extérieur au radeau de survie avait explosé sous les impacts des vagues. J’ai craint immédiatement de noyer mes pilotes automatiques, mes compas et mes instruments de communication. Je n’ai pas eu le temps de mettre ma combinaison de survie et j’ai attrapé tout ce qui me passait par la main pour écoper et boucher le trou. L’eau montait rapidement et envahissait le compartiment étanche. J’ai mis mes pompes en marche mais sans grand effet. J’ai donc commencé à écoper à la main à toute vitesse, un pied maintenant le radeau en place. Au bout d’une heure de travail dans l’eau glacée, j’avais diminué le niveau de l’eau suffisamment pour essayer d’aveugler l’ouverture. J’ai attrapé une boîte en plastique et l’ai fixée dans le trou avec des morceaux de latte. Cela fuyait encore un peu mais cela tenait. Pour la première fois dans ce Vendée Globe, je me suis senti en danger et ai eu très peur. J’ai enclenché la ventilation pour sécher le bateau et mes pilotes. Après cinq heures d’effort, le vent s’est calmé et malgré une mer toujours grosse, j’ai eu le sentiment de maîtriser la situation. »

 

 

Quelques clefs pour apprécier ce récit à sa juste valeur

 

Si on essaye de se projeter dans la peau de Conrad, ça fait vraiment froid dans le dos. Le pire moment c'est je crois cette heure pendant laquelle il a dû "écoper" pour faire descendre le niveau de l'eau, une heure certainement agitée de pensées folles et de doutes terribles :

 

- "Est-ce que je gagne sur la montée de l'eau ? Et si oui combien de temps me faudra t'il pour atteindre un niveau d'eau 'acceptable' ?"

- "Quelle est la nature exacte de la voie d'eau ?" (il dit avoir vu clairement l'origine de la voie d'eau sauf que le compartiment arrière d'un 60 pieds c'est pas un plateau de télé plein de spots (le carbone c’est tout noir, voir la photo ci-dessus et bien sûr il n’y a aucune de fenêtre dans le compartiment arrière) mais surtout il est toujours possible que la voie d'eau empire : une coque de 60 pied Open ça se délamine plutôt vite !)

- "Faut que je fasse super gaffe de ne pas perdre le radeau de survie !" (il le tient avec le pied)

- Enfin il pour apprécier son récit à sa juste valeur il faut aussi se rappeler que l'eau dans les parages ne doit pas excéder 10°C (espérance de vie d'une dizaine d'heures même avec une combinaison de survie !) et qu'en plein Pacifique (et ici en pleine tempête aussi) les secours ne peuvent pas intervenir facilement, le salut vient souvent des autres concurrents !

 

Chapeau bas Monsieur Conrad.

 

 

Voilà donc une nouvelle fois la preuve (si vous en aviez encore besoin) que le Vendée Globe c’est une sacrée épreuve/aventure et Conrad n'est bien sûr pas le seul concurrent à s'être fait très peur dans ce Vendée Globe. Citons par exemple Nick Moloney (Skandia), rappelez-vous les 2 articles suivants :

-         la version vécue en mer de Nick

-         et la version vue de la terre de son amie Flavie.

Publié dans Vendée Globe 2004

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article