Brian Thompson à bord de Doha 2006 dans l'Oryx Quest
"Cest tout à fait faisable de chevaucher la même dépression pendant toute la route du Cap de Bonne Espérance au Cap Horn
il suffit juste davoir un bateau suffisamment rapide !"
Pour info Bruno Peyron et Orange II ont effectivement conservé la même dép aux fesses depuis l'Indien jusqu'à leur remontée le long du Brésil !
Brian Thompson ajoute "En 2030, quand je serai tranquillement assis chez moi dans mon rocking-chair Ce sera fascinant de suivre en live les maxi-foilers surfer sur les dépressions des Mers du Sud et passer le Cap Horn à plus 45 nuds ! "
Source : Paul Larsen/Doha 2006 via Adonnante
Yann Eliès vient de remporter le Trophée Jules Verne à bord du maxi-catamaran « Orange 2 » de Bruno Peyron. Pour illustrer mon article j'avais utilisé une photo que je trouvais extra-ordinaire ... la re-voici avec les commentaires de Yann Eliès, c'est semble t-il une image qu'il conservera longtemps de ce record autour du monde !

"Au passage des îles Falkland, un peu après le Cap Horn, nous avons vécu un moment fort en passant entre deux rochers. Il y avait une luminosité magnifique et 40 nuds de vent. La mer était blanche décume. Les rafales transformaient le haut des crêtes en fumée. Lorsque la sensibilité au paysage que peut avoir tout plaisancier se mêle à la performance et au sentiment de réaliser un exploit, on prend conscience davoir le privilège de vivre une formidable aventure."
Orange II, Bruno Peyron et son équipages de 14 hommes viennent de réaliser un coup double historique : s'emparer du Trophée Jules Verne (detenu par Geronimo d'Olivier de Kersauson depuis l'année dernière) et du record absolu du tour du monde (detenu par Cheyenne de Steve Fossett depuis l'année dernière aussi) mettant ainsi tout le monde d'accord en 50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes : c'est eux les hommes les plus rapides autour du monde quelque soit la forme de ce tour (pour être plus précis : avec ou sans inscription à l'association du Trophée Jules Verne que Steve Fossett avait snobé pour une question d'argent; de la part d'un miliardaire c'était assez surprenant, de la part d'un chasseur-mercenaire de record ça l'est moins).
Quelques photos exclusives d'Orange II
Photos prises dans son port d'attache de Marseille l'été dernier par notre reporter spécialiste des catamarans, j'ai nommé Yves (dit Vivi pour les intimes).


Bruno Peyron écrit une nouvelle fois une page d'histoire de la navigation à voile depuis que ses rêves de bateaux 'no limit' l'ont contraint à s'éloigner du circuit classique des courses à la voile comme cette Route du Rhum qu'il a couru en pirate pour cause de bateau 'trop long'.
Cette quête du tour du monde la plus rapide, Bruno l'a entamée de belle manière avec un cata de 28m et 4 équipiers : c'était l'époque de Commodore Explorer (le temps passe : aujourd'hui le sponsor n'existe même plus !), en 1993 ils étaient alors les premiers à passer sous la barre des 80 jours ! Quel chemin, semé d'embûches et de rebondissements, a été parcouru depuis ces temps immémoriaux ... Par exemple, rien que l'année dernière sur le même bateau, une tentative vite écourtée ... le bateau était incontrôlable dès qu'il atteignait certaines vitesses ! Bruno Peyron "L'an passé, nous étions partis en reconnaissance. On naviguait à 50 % du potentiel et on ne savait pas si le bateau allait exploser en vol". Et cette année, le contraste est saisissant : pendant leur tour ils ont revus à la hausse les polaires de vitesse du géant, polaires qui pourtant avaient été établies entre autre lors de la tentative de Record sur l'Atlantique Nord ... pas rien quand même !
Jusqu'où peuvent t'ils aller, où se situe la limite ?
Bruno Peyron : "Si nous avions eu les mêmes conditions que Cheyenne depuis la corne du Brésil, on tournait en 48 jours [...] J'aime bien penser qu'il n'y a pas de limite, qu'il reste une part d'inconnu ..."
Pour battre ce record : Tri ou Cata ? Orange II contre le futur Groupama III
Bruno Peyron « Ce bateau est laboutissement de dix ans de travail. Orange-II et ses 37 mètres représentaient déjà la taille quon visait en 1994. Mais javais décidé de réduire les premiers exemplaires [trois bateaux ont été faits dans le même moule et se sont classés aux trois premières places de The Race en 2001 - NDLR] à 33 mètres pour des questions de sécurité. Cela nous a donné un bagage technique exceptionnel pour faire ce nouveau bateau. Je dois lavouer, on a hésité entre cette version-là et un trimaran moins grand, plus léger, extrême. Cest dailleurs le bateau qui va exister dans un an et demi sous le nom de Groupama pour Franck Cammas. Jattends de voir ce que vont donner ces trimarans extrêmes. Ils seront très dangereux (au point de vue vitesse) dans le médium et le petit temps, mais je ne suis pas sûr quils seront plus rapides que nous dans un parcours autour du monde. »
Voila le jeu reste ouvert car la confrontation tri contre cata dans l'Oryx Quest a tourné court, Olivier de Kersauzon ayant cassé son bel oiseau. Mais le futur défendeur des trimarans dans cette bataille navale ne pourra être Geronimo qui ne s'est jamais vraiment illustré ... la concurrence viendra donc plutôt de Franck Camas ... mais le bateau ne naviguera pas tout de suite. Peyron peut dormir tranquille quelques temps ... à moins qu'Ellen MacArthur et son sponsor argenté n'aient un projet secret déjà bien avancé (mais le secret ça ne leur ressemble pas tellement à l'écurie Offshore Challenge).
Orange II ... la démesure :
Lionel Lemonchois : "On a lengin idéal pour ce parcours autour du monde. Cest un grand bateau haut sur leau. On a limpression que la mer est plus petite. Les vagues sont moins hautes. On perd un peu les dimensions dune vraie mer. Là, on a 30 noeuds de vent et 4-5 mètres de creux. On naviguerait sur un petit bateau avec un mètre de creux, ce serait la même chose"

(*) détournement d'un slogan publicitaire d'une enseigne de magasins de matériaux de bricolage. Et pourquoi cet humour de réclame à 2 francs 6 sous ? Parce que :
- c'est un clin d'oeil aux autres navigants aussi sponsorisés par les marques de bricolage : Ellen avec Casto ou ODK avec Weldom ... (c'est un filon à exploiter pour ceux qui sont à la cherche de sponsors)
- et parce que c'est une manière presque subliminale de révéler mes origines Rhône-alpines (région assez loin de la mer mais dotée de nombreux plans d'eau ... glaciaires entre autres !)
J'ai affirmé ici que le plus beau 60 pieds Open jamais construit était à mes yeux le Bagage Superior d'Alain Gautier avec lequel Alain a franchit la ligne du Vendée Globe 1992-93 en vainqueur. Voici la preuve en vidéo ...
Seul à bord en plein surf ... plutôt humide
http://www.oceanimages.org/console/popup_rush.php?nrequete=7444&rang=12
Le plus beau bateau au près ... c'est tout simplement magnifique
http://www.oceanimages.org/console/popup_rush.php?nrequete=108775&rang=6
Et enfin pour les amateurs de symbole ... le même croisant un vieux gréement dans le soleil couchant
http://www.oceanimages.org/console/popup_rush.php?nrequete=7444&rang=15
Quelques précisions sur Alain Gautier
Alain est un touche à tout : en plus d'avoir navigué sur à peu prêt tout ce qui flotte (Figaro, mono IMOCA, multi ORMA, en solo ou en équipage) il a été aussi été chef de projet sur les bateaux d'Ellen MacArthur (de son mono second du précédent Vendée Globe comme de son tri détenteur depuis peu du record du tour du monde en solo !). Alain a proposé ses services comme M. Sécurité sur ce Vendée Globe et malgré sa retraite reste aujourd'hui directeur de l'écurie de son ex-60 pieds Foncia, ... demain peut-être sera t'il au volant d'une auto ? ... C'est son autre passion avouée !
Au départ de l'Oryx Quest à Doha au Qatar (cliquer ici pour une présentation de la course), Olivier de Kersauson a piqué un coup de sang lorsqu'il a découvert que la ligne de départ passait sur un haut-fond qui ne laissait pas à Geronimo un tirant d'eau suffisant lui qui cale plus que les catamarans ! "Si c'est comme ça, je dégage en Australie..." et bien voilà c'est fait Geronimo dégage vers Perth pour cause d'avarie sur un bras de liaison ! (petite précision savoureuse : avec sa grande gueule ODK était quand même arrivé à faire déplacer la ligne de départ !).
La faute à pas de chance sûrement mais si la casse est arrivée maintenant (ce qui est plutôt bien car imaginez la catastrophe si cette même avarie survient dans les mers du Sud), cette casse n'est quand même pas 'que' le fruit du hasard.

La casse dûe à ... une choix tactique d'Olivier de Kersauzon
Prévisions pour jeudi 17 février 2005 de Richard Silvani (Météo France) : l'anticyclone devrait se déplacer vers l'Ouest. Les bateaux vont donc devoir effectuer plusieurs virements de bord sur la bordure de ce système, en veillant à garder la meilleure vitesse possible sans casser le bateau d'après.
Olivier de Kersauson (Geronimo) suit une route plus près du vent que celle de Doha 2006 (Brian Thompson) qui privilégie la vitesse. Le VMG (vitesse de rapprochement au but) du trimaran est donc supérieure à celle du catamaran et lui permet de reprendre une avance confortable. « En descendant plus au sud, nous avons fait un choix très différent de celui de Geronimo, explique Brian Thompson. Cela nous évite de cogner péniblement dans les vagues et nous permet d'entrer sur « l'autoroute du Sud » le plus vite possible. »
2 tactiques différentes
on voit le résultat.
Petite morale de l'histoire ... la prise de risque
Pour naviguer à la voile en compétition et arriver de l'autre côté bien classé : le plus dur, ça se confirme, c'est de savoir doser le risque.
Si vous ne prenez pas assez de risques vous êtes vite largué, bloqué à la traîne dans un autre système météo. En prenant trop de risques vous vous retrouvez vite hors jeu, contraint de mettre le clignotant pour dégager vers la terre la plus proche ! Rien que sur le Vendée Globe les exemples sont nombreux : Hervé Laurent ou Alex Thomson qui descendent dans la baston et le paye par une casse éliminatoire, Sébastien Josse qui percute un iceberg en suivant Le Cam (miraculeusement épargné lui) au milieu des glaces dérivantes, Mike Golding qui à trop vouloir couper le fromage au près en vue de l'arrivée dans le Golfe de Gascogne finit lui aussi par payer cher ... en perdant sa quille ... circonstances et avarie finalement très proches de celles de Geronimo ... Ne jamais oublier que le "matériel à une mémoire" et que ce qu'on lui fait encaisser le marque et finit par le faire craquer ! Bruno Peyron sur Orange II le confirme lui aussi à sa manière quand il dit que pour gagner le Trophée Jules Verne "il suffit juste de savoir appuyer au bon moment sur le frein" en d'autres termes doser les risques.
A contrario sur un tour du monde, et comme vous l'aurez compris dans toute course au large les facteurs de risque sont déjà si nombreux par nature que finalement la sécurité peut s'avérer payante : voir la victoire de Vincent Riou (PRB) qui a toujours refusé de couper au plus court dans les dépressions au milieu des champs d'icebergs. Le summum dans le genre étant quand même atteint par Bruce Schwab (Ocean Planet) (voir Note 1 en base de page).
Voilà une belle leçon de vie : pour obtenir un succès, atteindre la consécration
nous ne sommes pas contraint à "passer en force".
Geronimo reprendra t'il la course ?
Et oui parce que figurez-vous que même si Geronimo fait un grand détour et s'arrête pour réparer et bien l'organisateur qui n'a qu'une crainte c'est que cette régate finisse en eau de boudin faute de combattant a autorisé les escales, extrait du règlement :
Toutefois, un bateau victime d'une avarie ou devant demander assistance pourra le faire moyennant des pénalités, à condition qu'il s'arrête au moins 24 heures et ne tire aucun avantage de cette escale.
Note 1

Bruce Schwab (Ocean Planet) : « la mer est vraiment mauvaise avec une houle de nord et une houle dest. Le bateau tape énormément et cela me gêne de lui faire mal en ce jour de Saint-Valentin (ndlr lundi 14 février 2005). Aussi, jai décidé aujourdhui de ne pas lui faire de mal ! » et du coup Bruce fait une trajectoire très 'exotique' remontant l'Atlantique le long des côtés africaines ... je me demande bien comment il va ensuite sortir de ce guêpier. Mais moyennant quoi, si mes souvenirs sont bons, il va devenir le 1er américain à finir un Vendée Globe ... pas rien quand même !
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. Révision 1.0 du 19/02/2005 : ajout du paragraphe « Petite morale de l'histoire ... la prise de risque » + carte et phrase de Bruce Schwab.
