Le tour du monde de Marc Thiercelin

Publié le par Nam

Dans ce Vendée Globe Marc Thiercelin (Pro-Form), qui vient de terminer hors course ce week-end, m'a un peu donné l'impression, comme me l'a soufflé mon pote Bernard, d'avoir 'craqué' ... si je me permet une telle affirmation ... c'est que certains faits étayent cet opinion ... voici mon analyse de la course de Marc.

 

 

La course et ... le hors course de Marc Thiercelin

(Sous-titre : histoire de rêves brisés; celui de Marc et accessoirement par ricochets ... l'un des miens)

 

Pro-Form au près sous une pluie battante … un petit air de nostalgie

 

Marc a monté son projet avec la ferme intention d'être aux avants postes de la course et de faire mieux que second comme lors de sa première participation au Vendée Globe en 1996-1997 (course d'ailleurs sur laquelle il avait dit qu'il ne reviendrait plus à l'issu de sa seconde participation, mais c'est réellement un petit détail : il est reparti pour ce troisième Vendée Globe avec une faim de victoire).

 

Dès les premiers jours de course, Marc s'est retrouvé décroché n'arrivant pas à tenir le rythme fou imposé par les premiers (Josse, Riou, Le Cam, Golding, Jourdain ... du beau monde, d’ailleurs il n’est pas le seul à avoir été largué !). Puis sont arrivées les avaries dont ce grain mal négocié qui lui vole son balcon avant et son bout dehors au large de l'Afrique du Sud (voir l'article et les photos)... Marc reçoit un sérieux avertissement et je crois avoir pu déceler à compter de ce moment comme une légère fêlure dans sa volonté. Le doute en lui commence à faire un travail de sape. En particulier j'imagine qu'à ce moment là un petit goût amer lui remonte dans la bouche, un reflux d'une déception qu'il avait essayé d'effacer en franchissant la ligne de départ aux Sables : le coup vache que lui a fait la direction de course, celui de casser son Vendée Globe avant même le départ en plaçant des portes dans le sud (LIEN), points de passage obligés pour garantir la sécurité des skippers mais qui littéralement faisait voler en éclats son beau rêve ... Ensuite le coup de grâce n'a pas mis longtemps à arriver : dans l'Indien le gréement de Pro-Form donne des signes tangibles de faiblesse (c'est un mal structurel de ce bateau qui détient le record du nombre de démâtages avec ses précédents propriétaires ... il ne faut pas plaisanter avec ces trucs là !), problème auquel s'ajoute les petits bobos que tous les concurrents connaissent à mi-course (centrale électronique défectueuse, problème de liaison satellite, plus de gaz pour manger chaud ... dans le cas Marc).

 

Dès lors la fêlure se transforme en doute existentiel ! Pour la première fois de sa carrière de marin, Marc pense puis décide d'abandonner une course. Il fait escale en Nouvelle Zélande, remet Pro-Form en état et repart (car le Marc fini toujours ce qu’il a commencé) en se promettant de laisser sur la mer un sillage différent ... le sillage d'un homme blessé mais qui va profiter du privilège d'être en mer sur un bateau d'exception, il promet même de nous faire partager cette nouvelle aventure ... une page est tournée ... Mais de ce nouveau voyage, de cette relation plus intime avec les éléments, malgré les efforts de sa sympathique attachée de presse Delphine Dusserre (Note 1), nous ne sauront presque rien au point de douter qu'il s'est passé quelque chose, à moins qu'un livre ? ...

Bref cette généreuse idée de partager des émotions différentes, celles d'être sur l'eau hors course et de porter un regard nouveau sur son tour du monde restera à mon très grand regret un voeux pieux … alors que d'autres concurrents ont su très bien le faire, même en état en course, suivez mon regard ...

 

Voilà l'histoire de Marc dans ce Vendée Globe. Cette fois il nous a soutenu mordicus qu'il ne reviendrait plus sur cette épreuve du Vendée Globe. Il le disait d'ailleurs déjà au moment de son abandon, Marc Thiercelin (Pro-Form) "Il y a un moment où il faut savoir s'arrêter, c'est trop de boulot en amont, de sacrifices".

Le partenariat avec Pro-Form court encore sur l'année 2006. Ensuite peut-être le reverra t'on sur le circuit Figaro où il anime le plan d'eau avec des options météo toujours très osées ou encore sur d'autres courses comme le Tour de France à la Voile où il aime monter et conduire des équipages originaux comme un équipage 'Show Business' (potes acteurs, styliste ou autres artistes). Initiatives qui d'ailleurs ne sont pas toujours vues d'un bon oeil par le 'milieu' (dont, au passage, Marc ne se réclame pas).

 

 

Le bateau

Je voulais juste ajouter 2 mots sur le bateau. Ces remarques sont assez symptomatiques de la démarche de Marc, aussi bien dans sa préparation du Vendée Globe que dans "l'exécution" de son tour de monde.

 

Marc Thiercelin et Hervé Laurent 2 grands marins … malchanceux sur ce Vendée Globe (ici au coude à coude sur la ligne de départ)

 

Marc n'a pu jeter son dévolu que sur un ancien bateau (l'ex Whirlpool de Catherine Chabaud). Il l'a optimisé : nous avons parlé du gréement qui a été l'objet de tous les soins vu son passé mouvementé mais Marc a surtout fait une chasse au poids drastique au point de faire du bateau un ermitage (confort réduit à son strict minimum et ... 1 Ipod avec 3.000 morceaux de musique, une discothèque complète ... sans le poids des CD).

 

Dans la descente de l'Atlantique à un rythme d'enfer comme jamais (du portant jusqu'à Saint Hélène !!!), Marc a découvert son engin dans la brise avec les vagues dans les fesses. Et il c'est avéré qu'il le trouvait ... dangereux ! Ceci est vraiment révélateur : à la fois d'un manque de préparation technique sur la bateau (équilibre du plan de voilure, reculer les poids, efficacité des appendices ...) mais aussi de l'état d'esprit de Marc. Clairement c'est le signe d'un manque de confiance en soi et dans le bateau, sentiment aggravé par le fait que ces conditions de portant musclées sont celles qui règnent dans le Sud, conditions que Marc devait aborder pendant quasi 1 mois (il le sait bien lui qui y a déjà été plusieurs fois). Ce manque de confiance trouve certainement sa source dans le bonhomme qui n'avait pas encore le mode d'emploi de l'engin, du moins c'est ce que je pense. Mode d'emploi qu'heureusement Marc semble avoir, au moins partiellement, trouvé par la suite. C'est en tout cas ce que tendent à prouver ses communications car il n'a plus jamais fait état de ce sentiment d'un bateau 'dangereux' au portant.

 

Enfin dernier point concernant le bateau ... encore un truc qui appui là où ça fait mal. Marc avec sa chasse au poids comptait bien disposer d'une arme redoutable dans le petit temps, d'un engin capable de profiter du moindre souffle pour se déhaler et rivaliser avec les bêtes de dernière génération. Dans la remontée chaotique de l'Atlantique tel que l'on vécu les concurrents de tête et bien le schéma météo était idéal : cette arme aurait très bien pu marcher. Ce 'concept' il a d'ailleurs pu le valider : Pro-Form marche bien dans les conditions légères... sauf que c'était désespérément un coup d'épée dans l'eau : Marc était alors tout seul et tragiquement hors course, ... au lieu d'être à la lutte avec les autres concurrents !

 

 

Note 1 : Delphine D. est la seule abonnée professionnelle à la liste de distribution Nam (titre peut-être à partager avec un ami de Jean-Pierre Dick qui s'était inscrit sur la mailing liste avec son e-mail @virbac.com)

 

 

Publié dans Vendée Globe 2004

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ryme 08/03/2005 14:08

je suis d'accord avec toi Nam. Et je regrette doublement de n'avoir pu être à l'arrivée de Marc. C'est un de mes personnages préférés parmis les marins. Déjà avant le départ il m'avait parru "Bizarre " A Thalassa.Pas le Marc que j'avais appercu il y a quatre ans. J'ai pu voir Pro Form et MAx Havelard un derrière l'autre sur le ponton. Rien à voir. Proform est un bateau quasi neuf. J'ai en vain cherché la réparation sur le bout dehors, et j'ai été frappé par les feux tribord Babord et arrière accrochés au Balcon arrières. Ils sont inhabituellement gros et doublés. Ca donne à ProForm une allure de customisation. Comme tout le bateau, admirablement propre, soigné (sauf des traces d'usures étonnantes sur une bastaque à l'avant)
Quelque chose à changé en Marc, et j'aimerais bien l'aidé à se retrouver.