Ils l'ont fait ... bravo les hommes en Orange (*)

Publié le par Nam

Orange II, Bruno Peyron et son équipages de 14 hommes viennent de réaliser un coup double historique : s'emparer du Trophée Jules Verne (detenu par Geronimo d'Olivier de Kersauson depuis l'année dernière) et du record absolu du tour du monde (detenu par Cheyenne de Steve Fossett depuis l'année dernière aussi) mettant ainsi tout le monde d'accord en 50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes : c'est eux les hommes les plus rapides autour du monde quelque soit la forme de ce tour (pour être plus précis : avec ou sans inscription à l'association du Trophée Jules Verne que Steve Fossett avait snobé pour une question d'argent; de la part d'un miliardaire c'était assez surprenant, de la part d'un chasseur-mercenaire de record ça l'est moins).

 

Quelques photos exclusives d'Orange II

Photos prises dans son port d'attache de Marseille l'été dernier par notre reporter spécialiste des catamarans, j'ai nommé Yves (dit Vivi pour les intimes).

 

Orange II dans le rôle de la sardine : Orange bouche l'entrée du vieux port de Marseille !

 

La hauteur des flotteurs d'Orange II ... ou la démesure du géant (illustration exclusive des propos de Lionel Lemonchois rapportés ci-dessous)

 Notez entre les flotteurs le trimaran 60 pieds Groupama dernière version ... tout petit, voir ridicul, l'animal en comparaison

 

Bruno Peyron écrit une nouvelle fois une page d'histoire de la navigation à voile depuis que ses rêves de bateaux 'no limit' l'ont contraint à s'éloigner du circuit classique des courses à la voile comme cette Route du Rhum qu'il a couru en pirate pour cause de bateau 'trop long'.

 

Cette quête du tour du monde la plus rapide, Bruno l'a entamée de belle manière avec un cata de 28m et 4 équipiers : c'était l'époque de Commodore Explorer (le temps passe : aujourd'hui le sponsor n'existe même plus !), en 1993 ils étaient alors les premiers à passer sous la barre des 80 jours ! Quel chemin, semé d'embûches et de rebondissements, a été parcouru depuis ces temps immémoriaux ... Par exemple, rien que l'année dernière sur le même bateau, une tentative vite écourtée ... le bateau était incontrôlable dès qu'il atteignait certaines vitesses ! Bruno Peyron "L'an passé, nous étions partis en reconnaissance. On naviguait à 50 % du potentiel et on ne savait pas si le bateau allait exploser en vol". Et cette année, le contraste est saisissant : pendant leur tour ils ont revus à la hausse les polaires de vitesse du géant, polaires qui pourtant avaient été établies entre autre lors de la tentative de Record sur l'Atlantique Nord ... pas rien quand même !

 

Jusqu'où peuvent t'ils aller, où se situe la limite ?

Bruno Peyron : "Si nous avions eu les mêmes conditions que Cheyenne depuis la corne du Brésil, on tournait en 48 jours [...] J'aime bien penser qu'il n'y a pas de limite, qu'il reste une part d'inconnu ..."

 

Pour battre ce record : Tri ou Cata ? Orange II contre le futur Groupama III

Bruno Peyron « Ce bateau est l’aboutissement de dix ans de travail. Orange-II et ses 37 mètres représentaient déjà la taille qu’on visait en 1994. Mais j’avais décidé de réduire les premiers exemplaires [trois bateaux ont été faits dans le même moule et se sont classés aux trois premières places de The Race en 2001 - NDLR] à 33 mètres pour des questions de sécurité. Cela nous a donné un bagage technique exceptionnel pour faire ce nouveau bateau. Je dois l’avouer, on a hésité entre cette version-là et un trimaran moins grand, plus léger, extrême. C’est d’ailleurs le bateau qui va exister dans un an et demi sous le nom de Groupama pour Franck Cammas. J’attends de voir ce que vont donner ces trimarans extrêmes. Ils seront très dangereux (au point de vue vitesse) dans le médium et le petit temps, mais je ne suis pas sûr qu’ils seront plus rapides que nous dans un parcours autour du monde. »

Voila le jeu reste ouvert car la confrontation tri contre cata dans l'Oryx Quest a tourné court, Olivier de Kersauzon ayant cassé son bel oiseau. Mais le futur ‘défendeur’ des trimarans dans cette bataille navale ne pourra être Geronimo qui ne s'est jamais vraiment illustré ... la concurrence viendra donc plutôt de Franck Camas ... mais le bateau ne naviguera pas tout de suite. Peyron peut dormir tranquille quelques temps ... à moins qu'Ellen MacArthur et son sponsor argenté n'aient un projet secret déjà bien avancé (mais le secret ça ne leur ressemble pas tellement à l'écurie Offshore Challenge).

 

Orange II ... la démesure :

Lionel Lemonchois : "On a l’engin idéal pour ce parcours autour du monde. C’est un grand bateau haut sur l’eau. On a l’impression que la mer est plus petite. Les vagues sont moins hautes. On perd un peu les dimensions d’une vraie mer. Là, on a 30 noeuds de vent et 4-5 mètres de creux. On naviguerait sur un petit bateau avec un mètre de creux, ce serait la même chose"

 

 

 

 Pour passer dans des mers comme celle-là ... vaut mieux être haut sur l'eau, non ? La mer au large des îles Falkland ... un coin peu fréquentable juste après le Horn (Crédit photo : Jean-Baptiste Epron)

 

(*) détournement d'un slogan publicitaire d'une enseigne de magasins de matériaux de bricolage. Et pourquoi cet humour de réclame à 2 francs 6 sous ? Parce que :

- c'est un clin d'oeil aux autres navigants aussi sponsorisés par les marques de bricolage : Ellen avec Casto ou ODK avec Weldom ... (c'est un filon à exploiter pour ceux qui sont à la cherche de sponsors)

- et parce que c'est une manière presque subliminale de révéler mes origines Rhône-alpines (région assez loin de la mer mais dotée de nombreux plans d'eau ... glaciaires entre autres !)

Publié dans Autres tours du monde

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OL 18/03/2005 18:53

J'ajoute un mot pour illustrer l'ambiance du site de Fosset l'an dernier.

Quand ils ont coupé le fromage à la remontée de l'atlantique, ils ont pas dit "On est devenu super forts en météo et le navigateur (qui était une navigatrice) est fantastique blablabla". Ils ont juste dit "On a le cul bordé de nouilles" (traduction personelle de "ass kissed").

humour, décontraction, humilité. Que du bonheur je vous dis.

Autre détail très significatif : les data qu'il publie sont complètes : cap, vitesse ET vent. On peut quasiment recalculer les polaires du bateau avec. Vous connaissez un autre mec qui fait des cadeaux comme ça à ses fans ?

Nam 18/03/2005 18:51

Effectivement je partage ton point de vue OL. Fossett mérite mieux que le procès d'intention que lui ont fait les français : son tour du monde était une perf exemplaire, aidé par la météo mais avec un bateau que tout le monde annonçait comme incapable de naviguer dans le sud ... et il l'a fait de belle manière en plus !

OL 18/03/2005 18:40

Bonjour à tous et à toutes.

Merci Nam d'avoir dit un mot d'Orange II. Une magnifique aventure ! C'est vrai que le ton du site officiel, comme celui de Peyron Soi-Même dans ses interviews d'ailleurs, fait davantage penser à de la bagnole (musclé, viril et cartésien, peu de sentiments) qu'à de la voile mais enfin, on va pas cracher dans la soupe.

Je voulais juste faire une remarque sur Steeve Fosset. Il reçoit sur de nombreux sites français des noms d'oiseau du genre "miliardaire chasseur de records", limite "radin", et "pas un vrai marin", etc. etc.

J'ai suivi l'an passé son tour du monde jour après jour sur son site ouèbe. C'était humain, parfois drôle, toujours respectueux des autres. Un ton juste et simple qui colle bien avec la réputation d'humilité du personage hors du petit monde de la voile française.

Sa version de sa non participation au trophée JV est d'ailleurs limpide et crédible, mais je ne veux pas rentrer dans la polémique.

Je voulais juste réhabiliter l'image d'un homme exceptionnel qui m'a fait vivre avec délectation son exceptionnel record. Et il l'a fait à sa manière : non pas en accaparant la parole, mais au contraire en la donnant à tous les membres de son équipage. Et manifestement, il n'y avait pas de censure. Une façon de communiquer très différentes des machines de comm bien huilées et bien marquettées.