Route prudente pour Joé grâce aux nouvelles technos

Publié le par Nam

Un débat agite les Gens de Mer (sur le forum et certainement ailleurs, peut-être dans votre club nautique, entre amis voire dans votre chaumière ou simplement dans votre 'être intérieur' !). Ce débat c'est celui de l'apport des nouvelles technologies à la course au large. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Cela dénature t'il l'épreuve ? Peut-on lutter contre cette escalade ou faut-il s'incliner devant cette perpétuelle fuite en avant qu'impose le progrès dans ce domaine comme dans bien d'autres ? Finalement est-ce que ces nouvelles technos, ce ne serait pas une forme d'assistance, proscrite par le règlement du Vendée Globe, une assistance qui ne dirait pas son nom ?

 

Voici un petit éclairage sur la question basé, conformément à la ligne éditoriale de Nam, sur des faits survenus lors de ce Vendée Globe et un petit commentaire perso.

 

Les faits

 

Dans le Pacifique un fort coup de vent va balayer la flotte en arrivant par son sud-ouest. Une forte dépression qui intéresse dans un premier temps Joé Seeten (Arcelor Dunkerque). Il suffit de regarder le cap suivi depuis hier matin par le dunkerquois pour comprendre qu’il se méfie énormément de ce coup de vent. Joé n’a pas hésité à mettre cap au nord pendant plusieurs heure couvrant une distance de 140 milles environ, pour échapper à cette « furie ». Il doit assister à la chute de son baromètre et sait qu’il se doit de fuir pour ne pas être frappé par le plus fort de la dépression et ainsi éviter de se faire prendre trop près de son centre, avec des vents signalés à 80 nœuds. Sur cette route prudente l’anémomètre est quand même monté à plus de 50 nœuds, avec une mer qualifiée de grosse par Joé, qui n’est pas du genre à en rajouter, bien au contraire.

 

On voit bien sur les trajectoires représentées ici les bords vers le Nord que tirent les concurrents pour éviter le gros des dépressions pour après le passage du gros temps replonger sur une route plus directe (notez aussi la fréquence, je dirais presque la régularité avec laquelle les dépressions se succèdent dans ces parages !)

 

Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) : « Maintenant, grâce à tous les moyens de communication, on peut éviter le pire. C’est un énorme progrès. Il y a 8 ans, avec des fichiers météo moins performants, on se retrouvait avec des Tony Bullimore, Raphaël Dinelli, Thierry Dubois (les 3 naufragés de l’édition 96 NDLR). Je ne veux même pas m’imaginer comment c’était près du centre… ».

 

Alors, sous tourmentin et grand-voile à 4 ris, le skipper d’Arcelor Dunkerque a fait le dos rond. Pendant près de 30 heures, il n’a pas mis le nez dehors, s’offrant par deux fois des « dodos » de 8h30 d’affilée. « Le bateau était bien sur sa trajectoire. A l’intérieur, tu es en sécurité, dans ta cellule de vie. Il n’y a pas de raison de ne pas être serein… et puis, là encore, les bateaux, les pilotes automatiques ont progressé… ».

 

 

Mon commentaire

 

Voilà j'aime assez quand la réponse à certaines de nos interrogations viennent directement des coureurs eux-mêmes : ils ont quelques arguments de poids à présenter pour étayer leur point de vue. Il faut reconnaître que c'est un peu pour cette raison que nous suivons (en tout cas moi) avec autant de passion ce tour du monde : ces coureurs nous apportent des témoignages qui nous permettent de mieux comprendre certaines choses : ici sur les effets du progrès, parfois sur nous-même ou encore sur cette terre qui nous héberge.

 

En complément, j'ajoute qu'un autre concurrent, Marc Thiercelin a subi peu après son re-départ de Nouvelle Zélande des conditions de mer et de vent de force 12. Il n'a semble t'il pas 'anticipé' la dépression en essayant de la fuir comme l'a fait Joé. L'arrivée de la dépression est annoncée par les 'nouvelles technos'. Celles d'il y a plusieurs siècles : le baromètre; comme les plus récentes : fichiers grib, reçus par satellite et analysés via le PC embarqué ...  et il y a très très longtemps avant même toute 'technique', les marins se basaient sur l'observation du ciel, du train de vagues ... A partir de ces infos (les nouvelles technos en apportent simplement une de plus) et de son 'sens marins' (mélange d'expérience vécue et de savoir 'encyclopédique'), chaque marin choisit sa route en son âme et conscience. L'info ne décide pas toute seule c'est le marin qui tranche avec elle. D'ailleurs Marc a fait un choix en connaissance de cause et il l'assume : il raconte s'être fait peur ! Marc ne faisait pas le fier et dans les conditions qu'il a rencontré le spectre de la disparition était bien présent à son esprit (il pensait à son ami canadien Gerry qui a vraisemblablement sombré corps et âme dans ces eaux lors d'une édition précédente du Vendée Globe).

 

Marc Thiercelin dans le NON Pacifique

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. Révision 2.0 du 7/02/2005 : suite aux commentaires, ajout de la photo de Marc en pleine tempête

. Révision 1.0 du 30/01/2005 : ajout de la carte des trajectoires dans le Sud et du commentaire personnel assorti

Publié dans Vendée Globe 2004

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Nam 29/01/2005 10:22

Merci Sylvain, je n'avais pas vu ces photos ... elles sont purement impressionantes !!!
 
PS : j'ai rendu les liens 'cliquables' dans ton commentaire, je ne sais pas si tu peux le faire lorsque tu le composes ?